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Tensions entre Varsovie et Kiev: des responsables ukrainiens rendent leurs médailles à la Pologne
Des responsables ukrainiens ont annoncé depuis vendredi soir qu'ils rendraient leurs distinctions polonaises en signe de protestation après la décision du président Karol Nawrocki de retirer la sienne à Volodymyr Zelensky sur fond de tensions liées à l'histoire des deux pays voisins.
Le président polonais, Karol Nawrocki, a déclaré vendredi soir que l'Ordre de l'Aigle blanc serait retiré au président ukrainien à la suite de la décision, fin mai, de Volodymyr Zelensky de baptiser une unité militaire du nom de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) -- une organisation nationaliste de la Seconde Guerre mondiale tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100.000 Polonais.
M. Nawrocki s'était dit "indigné" de la démarche de son homologue ukrainien.
En signe de protestation contre la décision de M. Nawrocki, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiga a aussitôt réagi en indiquant qu'il rendrait à la Pologne sa distinction de l'Ordre du mérite de la République de Pologne.
"Nous regrettons que les émotions aient pris le dessus à Varsovie et poussé les responsables politiques polonais à prendre des mesures injustifiées, impulsives et méprisantes", a-t-il écrit sur Facebook, évoquant une "escalade inutile" entre les deux pays.
Samedi matin sur le réseau X, le chef de l'administration présidentielle ukrainienne et ancien chef du renseignement, Kyrylo Boudanov, a lui aussi annoncé qu'il renonçait à sa décoration de l'Ordre du mérite de la République polonaise.
-"Apaiser les émotions"-
Selon lui la décision de M. Nawrocki est un "cadeau fait à l'agresseur moscovite, qui ne manquera pas de l'utiliser contre nos deux pays", a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
A Moscou, l'ancien président et Premier ministre Dmitri Medvedev s'est réjouit sur X de la décision de M. Nawrocki, accusant Kiev de proximité avec le nazisme.
Et la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a demandé sur Telegram si le dignitaire nazi Hermann Göring (1893-1946) s'était lui aussi vu retirer sa décoration polonaise.
L'UPA a été la branche militaire d'un mouvement indépendantiste ukrainien qui a combattu l'Armée rouge, mais a également affronté la résistance polonaise et tué des civils polonais et juifs. L'UPA a aussi parfois collaboré avec les nazis, se retournant contre eux à d'autres moments.
Vue de Pologne, l'action de l'UPA s'apparente à du nettoyage ethnique destiné à créer un territoire ukrainien homogène, et est considérée comme un génocide.
L'Ukraine reconnaît les massacres, mais rejette le terme de génocide, préférant parler d'un conflit tragique dans un contexte de guerre.
Le Premier ministre polonais Donald Tusk, proeuropéen et soutien fervent de l'Ukraine, a lui aussi réagit sur X samedi : "le conflit entre la Pologne et l'Ukraine réjouit Poutine et choque nos alliés. La tâche des présidents Zelensky et Nawrocki est d'apaiser les émotions, et non d'attiser les tensions".
- "S'entendre sur l'avenir" -
Samedi matin encore, l'ambassadeur d'Ukraine en Pologne, Vasyl Bodnar, a lui aussi annoncé renoncer à sa propre distinction de l'Ordre du Mérite de la République de Pologne.
"Je ne peux pas ignorer une décision que je considère comme historiquement injuste. Tout en comprenant les émotions qui dominent en Pologne, je ne peux accepter que le président de l'Ukraine (...), ait été privé de la plus haute distinction polonaise", a-t-il dit sur Facebook.
Avant même son arrivée au pouvoir en 2025, M. Nawrocki n'avait jamais caché ses opinions critiques vis-à-vis de Kiev, se montrant hostile notamment à l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan et à l'UE.
Toutefois, vendredi soir, il a assuré que "cette décision n'est pas dirigée contre le peuple ukrainien" et "ne signifie pas un changement dans l'orientation stratégique de la politique de sécurité de la Pologne".
En Pologne, la mémoire des victimes est devenue un élément central de la "diplomatie historique", notamment sous l'impulsion des nationalistes, liant parfois le soutien à l'Ukraine (ou son intégration à l'UE) à la résolution de ce contentieux historique.
Mais dans un entretien avec le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung paru samedi, le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a assuré que la Pologne était "favorable à l'ouverture des chapitres (des négociations d'adhésion de l'UE, ndlr) dès que les conditions techniques seront remplies".
"Le secrétaire général de l'ONU m'a dit un jour: il est très difficile pour des pays de parvenir à un accord sur le passé. Il est beaucoup plus facile de s'entendre sur l'avenir", a-t-il conclu.
M.García--CPN