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La Grèce critiquée pour son "échec chronique" à protéger la nature
Manque d'effectifs et de ressources: un violent incendie dans un parc national grec révèle un "échec chronique" dans la protection de la nature en Grèce, dénoncent plusieurs organisations de protection de l'environnement.
Le parc national de Dadia, qui a échappé de justesse à la destruction par le feu fin juillet, est en théorie l'une des zones les mieux protégées de Grèce, car elle abrite l'un des plus importants lieux de reproduction des vautours et autres rapaces en Europe.
Plus de 4.500 hectares de forêt ont été parcourus par le feu, dont 2.200 ont été détruits à Dadia, dans le nord du pays, a précisé le ministère de l'Environnement. Mais selon les premières estimations, les aires de nidification ont été en majorité épargnées.
"Le respect et la protection de l'environnement étaient et restent un engagement fondamental de notre gouvernement", s'est félicité le ministre de l'Environnement Costas Skrekas.
Or de nombreux groupes environnementaux grecs ne sont pas de cet avis.
Spyros Psaroudas, directeur du groupe de protection de la faune Callisto, dénonce un "échec chronique" dans la protection de la nature en Grèce, estimant que le gouvernement conservateur cherche à créer un environnement favorable aux entreprises au détriment de la faune sauvage.
"Il y a un manque de coordination entre les ministères et d'attribution claire des responsabilités (..) tout cela conduit à des activités illégales qui ne sont jamais sanctionnées", renchérit Nadia Andreanidou, chargée de mission pour l'Association méditerranéenne pour la sauvegarde des tortues de mer (Medasset).
"C'est un cercle vicieux et cela conduit à une mauvaise gestion des zones protégées", explique-t-elle à l'AFP.
L'ingénieur forestier Dimitris Vasilakis, qui a participé à l'élaboration du plan opérationnel de Dadia, explique que le parc ne compte que quatre gardes forestiers pour patrouiller 800 km2.
Le service forestier de Soufli, qui supervise Dadia, reçoit chaque année moins de 50.000 euros de l'État, soit un cinquième des prévisions, selon M. Vasilakis.
Alors même que le parc brûlait il y a deux semaines, le gouvernement a tenté de faire adopter une nouvelle loi qui, selon une douzaine d'ONG, réduisait encore la protection des parcs nationaux.
Au septième jour de l'incendie, le projet de loi a été retiré de manière inattendue par le gouvernement pour une "nouvelle consultation". Le texte aurait autorisé des activités supplémentaires dans les zones protégées, notamment des routes, des sites touristiques et des installations de stockage d'électricité et de télécommunications.
- Vide juridique -
La Grèce a été renvoyée à plusieurs reprises devant la Cour européenne de justice pour son incapacité à protéger ses habitats naturels.
En décembre 2020, la Cour a rappelé à Athènes que, de son propre aveu, le pays avait mis en place des mesures de protection pour moins de 20% des 240 zones protégées.
Selon les groupes de défense de l'environnement, l'une des principales omissions est l'absence de garanties juridiques et de réglementations régissant la part grecque du réseau européen Natura 2000 - qui regroupe des sites de reproduction et de repos pour les espèces rares et menacées, protégés par la législation européenne.
Charikleia Minotou, responsable du programme du parc national de l'île de Zante pour la protection des tortues Caretta Caretta, géré par la section grecque de WWF, affirme que les autorités ne donnent pas suite aux "centaines" de plaintes et d'amendes contre le développement illégal.
- L'accent sur l'énergie -
Selon Mme Minotou, le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis met l'accent sur l'exploration des hydrocarbures. Avant même l'attaque russe en Ukraine, la Grèce avait réservé des sites d'exploration en mer Ionienne.
En février, plusieurs baleines à bec de Cuvier se sont échouées sur les côtes lors de recherches sismiques dans la mer Ionienne. Or l'agence nationale de gestion des hydrocarbures a nié que ses activités en soient la cause.
En 2020, la Grèce a créé un nouvel organisme national chargé de gérer ses parcs, l'Agence pour l'environnement naturel et le changement climatique (Necca). Mais les ONG déplorent d'en être exclues, de même que les autorités locales.
"Nous avons besoin de parcs nationaux où la société locale participe et soit représentée démocratiquement", fustige M. Psaroudas.
P.Gonzales--CPN