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Sur les hauteurs d'Athènes, les pompiers s'entraînent face au risque de nouveaux incendies
Sur un sentier qui borde le seul versant encore vert du mont Pentélique, près d'Athènes, ravagé plusieurs étés durant par des incendies de forêt, cyclistes et coureurs profitent du soleil printanier avant les fortes chaleurs estivales.
Soudain une fumée jaillit de la pinède, déclenchée par un sapeur-pompier à l'aide d'un fumigène. Les sirènes des véhicules de pompiers brisent le silence.
Une dizaine d'hommes en tenue de sécurité, équipés de casques et d'appareils respiratoires, grimpent la colline en déployant tuyaux d'incendie et extincteurs.
Une habitante âgée d'une maison adjacente s'inquiète. "Encore un incendie?"
"C'est un exercice de simulation!", la rassure une joggeuse dominicale en poursuivant sa course.
Les habitants de Penteli, banlieue résidentielle cossue dans le nord de la capitale grecque, sont habitués aux entraînements des pompiers avant des étés souvent caniculaires.
Ce dimanche, douze pompiers volontaires locaux, parmi la centaine dirigée par Apollon Kounis, se préparent avec trois véhicules.
"C'est notre dernier exercice avant d'entamer le mois prochain des permanences 24 heures sur 24 dans notre station d'urgence", explique à l'AFP cet homme de 48 ans, "dévoué" depuis sa jeunesse à la protection de la forêt.
La Grèce est quasiment chaque été en proie aux incendies de forêt liés aux "nouveaux défis de la crise climatique", selon un récent rapport de l'Observatoire d'Athènes et du WWF-Grèce.
En août dernier, dans l'Attique, la région d'Athènes, près de 10.000 hectares sont partis en fumée après un court-circuit sur un poteau électrique.
Attisé par des vents puissants, le feu s'était dangereusement rapproché de la capitale, se retrouvant à 15 km du centre, après s'être propagé en quelques heures sur la partie orientale de Penteli.
- Cours d'eau asséchés -
Une partie de la forêt, de nombreux magasins, des habitations et des véhicules avaient été ravagés par les flammes.
"Depuis 2018, je n'ai pas pris de vacances en été. Sauver la forêt, c'est ma vie", poursuit M. Kounis. "Le feu de l'année dernière était le plus catastrophique que j'ai vécu", confie-t-il.
Plusieurs habitations de Penteli disposent de citernes et de tuyaux d'incendie pour parer à la menace de feux de plus en plus incontrôlables.
Alors qu'un nouvel été approche, la maire de la ville, Natassa Kosmopoulou espère que "les pluies plus fréquentes depuis janvier vont limiter le nombre d'incendies".
Pour l'édile, la violence du phénomène de 2024 est à imputer en partie à la sécheresse prolongée dans une grande partie de la Grèce.
"On a toujours eu des incendies à Penteli mais ces dernières années, les feux sont très intenses en raison du changement climatique", affirme-t-elle.
Devant son bureau rempli de papiers et de dossiers, elle explique devoir "se battre quotidiennement avec les services forestiers chargés de nettoyer les cours d'eau (asséchés) qui sont souvent des points de départ de feu".
De nombreux cours d'eau asséchés traversent la zone, dont les lits sont souvent remplis de branches d'arbres cassées, de mauvaises herbes ou même d'ordures.
En outre, les routes forestières et les zones pare-feu "ne sont pas suffisantes, ce qui entrave l'accès à certaines parties de Penteli où sont jetés gravats, pneus et tout ce que vous voulez", déplore-t-elle.
- "Repartir de zéro" -
Apollon Kounis, qui se veut rassurant pour cet été, insiste sur la nécessité de "rester sur le pied de guerre pour sauver ce qui reste" de la montagne.
D'une altitude maximale de 1.100 mètres, le mont Pentélique était réputé par le passé pour son air pur, prisé des Athéniens au point d'abriter hôpitaux et sanatoriums.
Dans sa plus grande partie, il est désormais jonché de branches et d'arbres carbonisés.
Sur la crête, le jaune des spartiers et le rouge des coquelicots contrastent avec la terre brulée.
Dans la partie résidentielle, Tryfonas Drakonakis se promène aux abords de la forêt carbonisée où l'on aperçoit quelques papillons. Le bruit des pylônes électriques a remplacé le chant des oiseaux.
"J'essaie de ne pas regarder autour de moi, j'essaie d'oublier", confie ce septuagénaire, s'estimant chanceux que sa maison ait été épargnée par les flammes l'an dernier.
Celle de sa voisine, Thomais Bertou, est partie en fumée, comme une quarantaine d'autres. Cette femme de 65 ans vit désormais dans une caravane et tente de faire revivre son petit jardin.
"Il n'en restait rien, on a dû repartir de zéro. Que faire?", s'interroge-t-elle. "Serrer mon coeur et continuer."
T.Morelli--CPN