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A Redon, les habitants attendent le pic de la crue entre fatalisme et crainte
A Redon, les évacuations se sont accélérées mercredi et les habitants, pourtant habitués aux caprices des eaux dans ce secteur d'Ille-et-Vilaine, se préparaient à une crue historique de la Vilaine, entre inquiétude et fatalisme.
La ville de 9.400 habitants, coincée entre le canal de Nantes à Brest, le fleuve Vilaine et la rivière Oust et construite dans une terre de marais, voit l'eau monter inexorablement et de nombreux axes routiers et ferroviaires sont coupés.
"Ce n'est pas la panique", dit d'un ton calme Wilfried Lucas, venu voir l'inondation de la Vilaine au niveau du pont qui relie la ville à Saint-Nicolas-de-Redon, aussi fortement impactée.
Pour autant, ses proches "commencent à s'inquiéter parce qu'on ne sait pas quand ça va s'arrêter de monter", avoue cet habitant de Redon.
Devant l'hôtel Sedrez, au coeur du centre historique, un camion de pompier pompe l'eau de la cave pour éviter qu'elle atteigne le compteur électrique et que le courant soit coupé dans toute la rue. L'hôtelier Joseph Murr prend les choses avec philosophie. "On est dans le noir, mais il faut voir la lumière au bout du tunnel", dit-il.
La crue s'annonce comme exceptionnelle. "Les éléments que nous avons aujourd'hui prévoient un pic vers 17h" jeudi, et non plus dans la nuit de mercredi à jeudi comme initialement prévu, a indiqué le maire de Redon Pascal Duchêne en fin d'après-midi.
"Ce n'est pas un point fixe" et l'heure du pic pourrait encore bouger, a-t-il précisé.
Selon Jean-François Mary, président de l'agglomération de Redon, le pic va dépendre de l'intensité des pluies en cours et pourrait intervenir "peut-être jeudi ou vendredi, voire samedi".
"150 personnes depuis lundi ont été évacuées", a ajouté le maire de Redon. "Ce sont 750 personnes potentiellement concernées" dans les quartiers situés sur "la presqu'île de Redon, sa partie basse, le quartier du Chatelet, la rue des Douves et les rues adjacentes" dans le centre historique, a-t-il précisé.
La ville a accéléré les évacuations pour en réaliser le maximum avant la nuit, a-t-il rappelé.
Une trentaine de personnes ont été hébergées dans la nuit de mardi à mercredi dans l'un des deux centres ouverts par la ville, pour une capacité d'accueil totale de 200 lits.
Le quartier du Port, coincé entre le canal et la Vilaine, a été évacué, hormis "quelques personnes (qui) restent à leur domicile. Elles habitent à l'étage et ça ne les dérange pas de ne pas avoir l'électricité", explique Géraldine Denigot, adjointe au maire.
Visible avec son gilet rouge siglé "Redon", elle est chargée de "faire barrage" aux curieux, à côté d'une barrière interdisant l'accès au pont conduisant à ce quartier.
- La crue de 1995 -
Dans le centre-ville, de nombreux commerces sont fermés. L'eau dégorge de bouches à clé dans certaines rues, où s'activent des véhicules des forces de l'ordre ou des services de secours.
Dans l'après-midi, les badauds profitent d'accalmie entre deux averses pour faire des photos.
Marie est venue de Saint-Nicolas-de-Redon. "J'ai l'impression que cette-fois il y a des zones plus couvertes à Redon qu'en 1995", lors d'une crue restée dans les mémoires.
"L'histoire nous le dit, dès lors que Rennes a des ennuis, on sait très bien qu'on va récolter ça deux ou trois jours après, on était très bien prévenu", estime l'octogénaire.
Roxane Bourcier, 24 ans, infirmière qui habite au 2e étage d'un immeuble sur le quai Jean Bart, a été incitée à quitter son logement dès mardi, par du porte-à-porte effectué par les secours.
"Je me suis dit que je pourrais partir ce matin vu qu'ils avaient installé le barrage mais en fait, c'était déjà trop tard", dit-elle à côté du quai inondé. Evacuée par les secours, elle trouvera refuge chez sa tante, avant de revenir chez elle "peut-être la semaine prochaine".
"Il y a une bonne compréhension de la situation, il n'y a pas de panique non plus", constatait le maire de Redon à la mi-journée, même si pour les personnes obligées d'évacuer, "il peut y avoir de l'angoisse, c'est tout à fait normal".
"Ne vous inquiétez pas, on est waterproof ici !", lâche un restaurateur en raccompagnant un client à la porte.
C.Smith--CPN