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Face aux attaques sur son système énergétique, l'Ukraine développe le renouvelable
Sur une crête verte, d'énormes pales tournent lentement. Parmi des dizaines d'autres projets, le parc éolien d'Oriv dans l'ouest de l'Ukraine incarne la politique de renouveau du réseau énergétique pilonné par la Russie depuis quatre ans.
Peu après le début de son invasion à grande échelle en 2022, Moscou a lancé une vaste campagne de frappes systématiques contre les infrastructures énergétiques de son voisin, avec pour conséquences des coupures de courant plongeant des millions de personnes dans le noir et le froid.
L'Ukraine a dû accélérer sa transition vers un modèle plus décentralisé pour rendre son réseau plus difficile à paralyser. Les énergies renouvelables — solaire, éolien, bioénergie — ont ainsi gagné en importance pour réduire la dépendance à une poignée de grandes centrales héritées de l'époque soviétique et régulièrement frappées par Moscou.
La diversification est devenue "le fondement de la résilience énergétique de l'Ukraine", soulignait un rapport du ministère de l'Energie l'an dernier, ajoutant que l'éolien joue "un rôle particulier grâce à sa rapidité de déploiement".
- "Soutien incroyable" -
Le parc d'Oriv, à une centaine de kilomètres de Lviv, grande ville de l'ouest, est devenu un exemple phare de la politique de Kiev. Si sa construction a commencé quelques mois avant la guerre, il a été mis en service en 2024.
En 2023, la production électrique provenait pour un tiers du fossile, pour la moitié du nucléaire, le reste étant réparti en renouvelable, selon l'Agence internationale de l'énergie.
Avec ses dix éoliennes, le site d'Oriv couvre 5% de la consommation de la région éponyme et peut alimenter des dizaines de milliers de foyers.
"C'est un soutien incroyable pour le système énergétique dans des moments difficiles", souligne Marine Abramian, coordinatrice des campagnes Green Energy de Greenpeace Ukraine.
L'éolien et le solaire sont devenus essentiels parce qu'ils permettent une production mieux répartie sur le territoire.
Avant 2022, l'Ukraine disposait d'environ 1,67 GW de capacité éolienne, principalement près de la mer d'Azov, mais 90% de ces capacités ont été perdues du fait de l'occupation russe et des bombardements.
Forte de son expérience douloureuse, l'Ukraine a adopté en 2024 un plan national fixant l'objectif de 27% d'énergie verte dans la production d'électricité à l'horizon 2030, avec 6,2 GW d'éolien et 12,2 GW de solaire prévus.
Depuis le début de l'invasion, 700 MW de nouvelles capacités ont été construites, dont presque la moitié en 2025, a indiqué à l'AFP l'association ukrainienne de l'énergie éolienne.
Parmi des dizaines de projets éoliens lancés ou complétés pendant la guerre figurent notamment Tiligoul et Dnister (sud), ainsi que d'autres chantiers dans l'ouest, en Transcarpatie et dans les Carpates.
Parallèlement, des entreprises et des collectivités se sont mises à investir dans de petites installations, essentiellement solaires, pour assurer leur autonomie pendant les coupures.
Avec l'éolien, au deuxième rang derrière le solaire, les énergies vertes assurent aujourd'hui 11% de la production électrique en Ukraine, contre 9% avant la guerre, selon les chiffres officiels.
Depuis le début de l'invasion, Moscou a lancé 6.194 attaques contre des infrastructures énergétiques ukrainiennes, a indiqué à l'AFP le ministère de l'Energie.
- Assurances et batteries -
A Oriv, le projet, cofinancé par les groupes ukrainiens Eco-Optima et tchèque MND, a dû composer avec les contraintes de la guerre.
"Il n'était pas possible d'acheminer les composants des éoliennes sur le site, car les entreprises étrangères partenaires ont (...) refusé d'envoyer leurs moyens de transport et leur personnel", a expliqué Iouriï Fedak, directeur adjoint d'Eco-Optima.
L'entreprise a fini par faire appel à un transporteur ukrainien et rechargé les pièces à la frontière polonaise pour les acheminer jusqu'au site, sans assurance, à ses risques et périls.
"L'absence d'assurance couvrant les risques de guerre freine fondamentalement le développement des projets dans le secteur de l'énergie", explique à l'AFP Oleksandr Kharchenko, directeur du Centre de recherche sur l'énergie basé à Kiev.
Autre problème: un manque de systèmes de batteries qui permettraient d'équilibrer le réseau, fortement déstabilisé par les attaques russes.
Le système énergétique ukrainien reste instable et "d'importants investissements dans les systèmes de stockage de l'énergie sont nécessaires", souligne Glib Vychlinsky, directeur du Centre de stratégie économique.
Eco-Optima prévoit ainsi d'ajouter à terme un système de batteries d'environ 60 MWh, afin de stocker l'électricité pour la réinjecter plus tard dans le réseau en fonction des besoins.
M.Mendoza--CPN