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Dans un Liban en crise, la viande rouge rayée du menu
Layla Ibrahim a choisi de réduire drastiquement sa consommation de viande, non par souhait de devenir végétarienne, mais à cause de la flambée des prix dans un Liban en pleine crise économique.
"Je mangeais de la viande rouge, du poulet ou du poisson tous les jours... mais le prix de ces aliments est devenu exorbitant," explique Mme Ibrahim, 44 ans, à l'AFP.
"On a réduit notre consommation de viande rouge à une fois par semaine, en pratique je suis presque devenue végétarienne," ajoute-t-elle.
Le Liban est en proie depuis 2019 à une une crise économique inédite, qualifiée par la Banque mondiale comme l'une des pires de l'Histoire moderne.
La monnaie locale a perdu près de 90% de sa valeur et le salaire minimum mensuel, de 675.000 livres libanaises, ne vaut guère plus de 30 dollars (environ 27 euros) au marché noir.
Environ 80% de la population au Liban vit désormais en dessous du seuil de pauvreté de l'ONU.
Sur fond d'une inflation galopante, les prix de la viande rouge australienne et sud-américaine ont plus que quintuplé.
"On consomme de petites quantités de viande hachée dans les farces ou les ragoûts," explique Mme Ibrahim. "Même le barbecue du dimanche en famille a été annulé," regrette cette mère de deux enfants.
Les Libanais doivent ainsi trouver une substitution à la viande rouge, aliment principal de nombreux plats libanais.
- Substitution -
"Les consommateurs remplacent la viande rouge par des alternatives moins chères, comme le poulet ou les légumineuses", explique Nabil Fahed, président du syndicat des propriétaires de supermarchés au Liban.
Le prix moyen d'un kilogramme de poulet est de 120.000 livres libanaises (environ 4,5 euros) et celui d'un filet de bœuf coûte environ 300.000 livres (environ 13,7 euros), presque la moitié du salaire minimum mensuel.
Après la levée des subventions sur certains aliments importés, la demande pour la viande rouge a baissé, explique M. Fahed, les ventes dans les grandes surfaces diminuant même d'environ 70%.
Cette tendance est encore plus importante dans les marchés populaires et les petits commerces fréquentés par des personnes aux revenus modestes, remarque M. Fahed.
Et en raison des hausses du prix de l'électricité, le coût du stockage ne cesse d'augmenter. Les importateurs doivent s'abonner à des générateurs privés pour garder les réfrigérateurs en marche, ce qui affecte la demande de viande.
Le gouvernement libanais peine à financer l'importation de carburant nécessaire pour alimenter ses centrales électriques, les coupures dépassant 22 heures par jour dans la plupart des régions.
- "Importée en dollars" -
Selon Imad Harrouk, directeur de Fed Distribution, entreprise importatrice de viande, beaucoup de consommateurs achètent désormais de la viande au besoin.
"Même ceux qui ont les moyens n'achètent plus autant qu'avant", ajoute-t-il.
L'aversion croissante pour la viande a également touché les restaurants qui ont perdu leurs clients principaux, issus de la classe moyenne, selon le président du syndicat des restaurateurs, Tony Al-Rami.
"Seuls 5% des gens peuvent se permettre de garder la même habitude de consommation qu'avant", déclare à l'AFP, M. Al-Rami.
Du côté de la restauration rapide, la viande rouge du sandwich "shawarma" - équivalent arabe du kebab - a été boudée au profit du poulet, moins cher, selon lui.
"La crise économique ainsi que la crise sanitaire du Covid-19 ont mené à une baisse drastique des ventes sur la totalité du menu, surtout les plats avec de la viande", dit Hala Jebai, directrice du département service client chez Kababji, réputé au Liban pour ses kebabs.
"Le prix de la viande que nous proposons est devenu très élevé (...) car nous l'importons et la payons en dollars", ajoute-t-elle.
"Les bouchers se contentent d'abattre un seul veau par jour, au lieu de deux ou trois", explique Nancy Awada, inspectrice alimentaire travaillant pour la municipalité de Beyrouth.
Conséquence indirecte de cette tendance, malgré l'absence d'amélioration des conditions sanitaires, "le nombre de plaintes relatives à la qualité de la viande a diminué de 75%", ajoute Mme Awada.
A.Agostinelli--CPN