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Air Liquide veut davantage rémunérer ses actionnaires d'ici 2030
Le géant français des gaz industriels Air Liquide prévoit de renforcer "considérablement" la rémunération de ses actionnaires d'ici 2030, dans le cadre d'un plan stratégique détaillé lundi, quelques semaines après la révélation de l'arrivée à son capital du fonds activiste Elliott.
Air Liquide a notamment détaillé dans un communiqué lundi prévoir de lancer un rachat d'actions de 4 milliards d'euros d'ici 2028, présenté comme une première et qui s'ajoute à "une politique de dividende régulier et soutenu".
"Notre profitabilité nous permet de faire évoluer notre allocation de capital au-delà des investissements et acquisitions dans nos coeurs de métiers", a déclaré le directeur général François Jackow, cité dans le communiqué.
L'action du groupe s'appréciait de 0,8% à 171,50 euros aux alentours de 16h20 (heure française), dans un marché en baisse de 0,8%.
Début septembre, le Financial Times avait révélé la présence au capital d'Air Liquide du fonds activiste américain Elliott, ce qui n'a depuis été ni confirmé ni démenti.
Cette catégorie de fonds entend valoriser son investissement en demandant des changements dans le fonctionnement de l'entreprise ciblée pour en améliorer la performance économique. Cela fait monter le cours de Bourse et permet au fonds de faire une plus-value à la revente.
Dans le cas d'Air Liquide, Elliott n'a pas communiqué ni pointé d'éventuels axes d'amélioration, mais d'autres experts ont notamment souligné un niveau de rentabilité inférieur à celui du concurrent multinational Linde.
- Discret mais incontournable -
Coordinateur CFDT pour le groupe sur la France, Nicolas Andrieux remarque qu'un tel rachat d'actions n'est "pas dans les habitudes du groupe", mais qu'il témoigne de sa bonne santé financière, alors qu'"on sort de plusieurs plans sociaux sur le périmètre France avec des suppressions de postes".
Eric Chopinaud, délégué central CGT d'Air Liquide France Industrie, la filiale gaz du groupe, s'était dit plus tôt lundi "inquiet" des conséquences potentielles pour l'emploi de la "pression sur le groupe" exercée par le fonds Elliott.
Interrogé sur l'influence d'Elliott sur le plan présenté lundi, M. Jackow a assuré lors d'un point-presse que "ce plan était un plan 100% Air Liquide, fait par Air Liquide et pour Air Liquide", sans faire de commentaire "concernant les rumeurs de marché ou les actionnaires".
Le dirigeant a encore déclaré que "dans ce monde qui se transforme, il y a des transformations qui s'imposent pour nos activités".
L'entreprise emploie environ 65.000 personnes dans 59 pays et a réalisé en 2025 un bénéfice net record, à 3,5 milliards d'euros pour 26,0 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Son rôle de prestataire de gaz, technologies et services à d'autres industriels, est discret mais essentiel.
Il fournit notamment en gaz les fabricants de puces et de mémoire, notamment asiatiques, incontournables dans la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle et de la construction de centres de données.
- Réduction des émissions -
L'électronique et l'intelligence artificielle font d'ailleurs partie des quatre "marchés stratégiques" où l'entreprise souhaite se renforcer, avec la transition énergétique, la santé et le spatial.
Le groupe, qui réalise un tiers de son activité dans la région Amérique, un tiers en Europe et Moyen-Orient et environ 20% en Asie, prévoit aussi de "consolider" ses positions dans la "santé à domicile", notamment en ayant recours à l'intelligence artificielle "comme levier d'amélioration de l'expérience patient et le développement de nouveaux services".
Il prévoit de consacrer "environ 24 milliards d'euros" en décisions d'investissements d'ici 2030. "Ce montant sera dédié à des investissements ciblés" pour "renforcer (les) activités" clés du groupe, et "densifier sa présence dans des bassins majeurs", notamment l'Amérique du Nord et l'Asie.
Air Liquide souhaite en outre poursuivre la réduction d'un tiers de ses émissions de gaz à effet de serre des scopes 1 et 2 d'ici 2035, par rapport à 2020. Il en fait le "gage d'un engagement sociétal pérenne".
Le groupe créé en 1902 fait partie de la petite dizaine d'entreprises françaises dont la capitalisation est supérieure à 100 milliards d'euros, aux côtés de LVMH, L'Oréal, TotalEnergies ou Hermès. Il a pour particularité qu'un tiers de son capital est détenu par près d'un million d'actionnaires individuels.
Y.Uduike--CPN