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Route du Rhum : une course aux sponsors plus disputée que jamais
Maxime Sorel, Armel Tripon, Thomas Ruyant, Erwan Le Roux... En raison du contexte économique, les skippers de la Route du Rhum n'ont jamais eu autant de mal à financer leur campagne, obligeant certains à revoir leurs ambitions ou à renoncer.
Mi-septembre en Bretagne, l'Imoca de Maxime Sorel, arborant un imposant dragon sur sa coque, tire doucement des bords, à quelques centaines de mètres des côtes, dans la baie de son port d'attache de Concarneau (Finistère).
Cette année, quasiment aucune sortie en haute mer pour le dixième du Vendée Globe 2020/2021. Faute de budget, sa préparation pour la Route du Rhum, transatlantique en solitaire qui s'élance dimanche de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), a été très perturbée.
"Il y a forcément une perte de repères. Je n'ai plus navigué au large depuis la Transat Café L'Or fin 2025. Les automatismes reviennent, mais on n'aura pas le même niveau de performance, d'autant plus que le bateau n'a pas évolué", souligne le Malouin.
A moins de deux mois du départ, il lui manquait encore 200.000 euros pour boucler son budget, payer ses quatre salariés - ils étaient douze lors du Vendée Globe 2024/2025 - et assurer le voilier pour la traversée.
- "Le fil du rasoir" -
"Nous sommes sur le fil du rasoir. L'autre option aurait été de tout arrêter, mais on va essayer jusqu'au bout", raconte Sorel, qui a finalement réussi à venir à Saint-Malo grâce à une campagne participative lancée avec l'association "Vaincre la Mucoviscidose".
Le cas de Maxime Sorel n'est pas isolé. Le ralentissement du commerce international, les tensions géopolitiques et l'approche de l'élection présidentielle en France ont poussé de nombreuses entreprises à serrer la vis côté sponsoring sportif.
L'univers de la course au large, qui fonctionne le plus souvent sur des cycles longs de quatre ans en vue des courses les plus médiatisées (Vendée Globe, Route du Rhum...), a été particulièrement touché.
"Malgré tous mes efforts ces derniers mois pour embarquer de nouveaux sponsors (...), je n’ai pas réussi à réunir les moyens nécessaires pour prendre le départ sereinement", regrette ainsi Erwan Le Roux, double vainqueur de la course en Ocean Fifty (2014, 2022).
Tenant du titre en Imoca, le Nordiste Thomas Ruyant, à la barre d'un nouveau foiler flambant neuf mis à l'eau cet été, a également dû renoncer à quelques semaines du coup de canon.
- Objectif Vendée Globe -
"Nous n'avons pas trouvé la collaboration avec un partenaire qui nous permette d'être à Saint-Malo dans de bonnes conditions", a déploré le marin de 45 ans, qui avait besoin de 2,5 millions d'euros pour s'élancer.
Le navigateur Armel Tripon, longtemps engagé dans une course contre la montre pour boucler son budget à temps et payer son inscription, s'est lui appuyé sur un collectif de nombreux mécènes pour son projet Les P'tits Doudous.
"On sait que demain ce sera mieux et donc on reste optimiste", assure Tripon auprès de Ouest France, jugeant que le modèle du mécénat "se développe de plus en plus, parce que tout le monde n’a pas quelque chose à vendre" aujourd'hui.
Lui et Sorel comptent sur la visibilité offerte par la reine des transatlantiques pour convaincre de nouveaux soutiens de les accompagner jusqu'au prochain Vendée Globe en 2028.
"Nous avons connu dix années de progression. Aujourd'hui, j'ai la sensation qu'il y a un petit retour en arrière, mais il faut s'accrocher", dit Sorel.
Un constat qui se reflète dans les effectifs de la flotte. En 2022, 37 Imoca avaient pris le départ de la Route du Rhum pour la Guadeloupe. Ils ne sont plus que 22 cette année.
A.Samuel--CPN