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Des astronautes dans l’espace: l'industrie européenne pose les premières briques
L'Europe pourra-t-elle envoyer ses propres astronautes dans l'espace dans dix ans? Au sommet spatial de Paris les premiers jalons industriels de cette ambition ont été posés avec la capsule cargo Nyx et Ariane 6, appelées à évoluer vers le vol habité.
La capsule cargo européenne Nyx de The Exploration Company effectuera sa première mission vers la station spatiale internationale (ISS) à bord d'une fusée Ariane 6, dans le cadre d'un contrat de 760 millions d'euros signé jeudi avec l'Agence spatiale européenne (ESA) au sommet spatial de Paris.
"Nous prévoyons le premier amarrage du véhicule de fret à l'ISS en novembre 2028", a déclaré la fondatrice et PDG de The Exploration Company (TEC) Hélène Huby, interrogée par l'AFP.
Une échéance "ambitieuse" et "nous nous battons jour et nuit" pour respecter ce calendrier, a-t-elle ajouté.
L'annonce intervient quelques heures après que le président français Emmanuel Macron a affiché l'ambition d'une première capsule européenne habitée dans dix ans, la capsule cargo Nyx constituant une première étape vers le transport d'astronautes.
"Bien sûr, le véhicule est déjà conçu de façon à pouvoir évoluer vers un véhicule habité", a souligné Hélène Huby.
"C'est la raison pour laquelle nous effectuons un amarrage à l'ISS. C’est la raison pour laquelle nous revenons, car si nous emmenons des astronautes en orbite, nous devons également les ramener", a-t-elle ajouté.
Le passage vers les vols habités nécessitera "plus de tests": "un véhicule cargo met 6 à 7 ans à être développé. Un véhicule habité, 8 à 12 ans. Quand le président Macron parle de 10 ans, c'est une bonne estimation au regard des standards de l’industrie", a-t-elle conclu.
- "Rien d'insurmontable" -
Le projet a été conçu dans la perspective de faire évoluer à terme le service de retour de fret vers le transport habité et potentiellement, vers "le retour de fret depuis la Lune", a souligné Daniel Neuenschwander, directeur de l’exploration humaine et robotique de l’ESA.
A la veille du sommet, The Exploration Company a levé 450 millions de dollars, un record pour une société mature dans le secteur spatial européen.
Face au désengagement des Etats-Unis de certains programmes d'exploration lunaire communs avec l'Europe, la question des vols habités, jusqu'à présent non prioritaire en Europe, est revenue sur le devant de la scène.
"Nous voulons que l'Europe affirme son ambition sur les vols habités", a déclaré jeudi Emmanuel Macron, évoquant Nyx, mais aussi le projet d'atterrisseur lunaire européen, Argonaut et la volonté de faire "décoller de Kourou", en Guyane, une "capsule européenne habitée".
Le directeur général de l'ESA, Josef Aschbacher, a chiffré mercredi à 10 milliards d'euros sur 10 ans l'investissement nécessaire à l'Europe pour obtenir son indépendance spatiale en estimant ce coût "très raisonnable".
"C'est un coût qui se chiffre en milliards au niveau européen", soutient le ministre français chargé de l'Espace Philippe Baptiste dans un entretien accordé à l'AFP. "Mais il n'y a rien d'insurmontable", selon le ministre, ancien patron du Cnes, agence spatiale française.
"On est en train de parler d'une dizaine d'années, peut-être un peu moins", estime-t-il.
Le président exécutif d'ArianeGroup, Christophe Bruneau, a pour sa part assuré la semaine dernière qu'Ariane 6 était "techniquement tout à fait capable de faire du vol habité".
Selon Philippe Baptiste, la principale modification concernerait le système d'éjection permettant de mettre les astronautes à l'abri en cas de danger. Le pas de tir devrait par ailleurs être situé à proximité de la mer afin de permettre une évacuation rapide de l'équipage.
Des évaluations sont en cours pour déterminer si le pas de tir actuel de Kourou répond à ces exigences. Dans le cas contraire, la construction d'un nouveau pas de tir pourrait coûter autour d'un milliard d'euros.
"Ce serait quand même assez beau de pouvoir partir en tant qu'Européen dans l'espace, avec un véhicule européen, un équipage européen", a déclaré l'astronaute français Thomas Pesquet dans une interview accordée à l'AFP.
Il réalisera sa prochaine mission vers la Station spatiale internationale en 2027 avec Vast, l'entreprise américaine qui développe des stations spatiales commerciales.
M.Mendoza--CPN