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Le canal de Panama craint de manquer d'eau pour ses écluses
Le canal de Panama, qui permet la traversée de marchandises entre Atlantique et Pacifique, est confronté à une baisse des précipitations qui menace d'assécher la voie qui achemine près de 6% du commerce maritime mondial.
"Nous avons observé des déficits considérables" de précipitations, rapporte à l'AFP Alcely Lau, directrice de l'Institut de météorologie et d'hydrologie du Panama.
"Les événements pluvieux se produisent dans les océans", dit-elle, expliquant que la bande nuageuse qui couvrait habituellement le Panama et irriguait les terres s'est désormais déplacée au-dessus des eaux. Et à cela s'ajoute "le phénomène El Niño" qui entraîne "une diminution des précipitations sur l'ensemble du Pacifique panaméen".
Or, "le grand désavantage du canal de Panama, en tant que voie maritime, est qu'il fonctionne avec de l'eau douce, alors que les autres voies maritimes", tel le canal de Suez qui relie la Méditerranée à l'Océan indien via la Mer rouge, "utilisent de l'eau de mer", rappelle l'administrateur du canal, Ricaurte Vasquez.
"Nous devons trouver des solutions pour pouvoir continuer à être une route pertinente pour le commerce international. Si nous ne nous adaptons pas, nous allons mourir", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, craignant que les armateurs "puissent opter pour d'autres itinéraires" via le détroit de Magellan, en Patagonie, ou éventuellement l'Arctique pendant les mois d'été.
"Ce risque existe", prévient M. Vasquez, "mais si nous trouvons une solution relativement rapidement, pas nécessairement des travaux immédiats mais que le marché sache qu'il y a une solution, cela devrait atténuer les inquiétudes à long terme", a-t-il ajouté.
Selon les autorités, le canal investit déjà plus de 400 millions de dollars par an dans différents projets d'entretien, notamment pour limiter les fuites d'eau douce.
Mais malgré sa rareté, le remplacement par de l'eau de mer dans les écluses est exclu car cela impliquerait des travaux d'excavations pharaonesques.
"Suez était beaucoup plus plat et c'était du sable. Dans notre cas, c'est de la roche et il y a une chaîne de montagnes qui n'est pas très haute, mais il en y a une, et c'est là le défi", a expliqué l'administrateur du canal.
- Tirant d'eau limité -
Pour l'heure le tirant d'eau des bateaux a été limité à 43 pieds (13,11 mètres), soit deux de moins que ce qui était jusqu'alors autorisé sur cette voie d'eau inaugurée par les Etats-Unis en 1914, et propriété de Panama depuis le 31 décembre 1999.
D'une moyenne de 40 navires empruntant chaque jour le canal en 2022, 32 passeront désormais afin d'économiser l'eau dans les écluses qui soulèvent les navires à 26 mètres au-dessus du niveau de la mer pour traverser l'isthme, avant de les faire redescendre de l'autre côté en déversant 200 millions de litres dans l'océan.
Cette réduction du tirant d'eau, qui entraînera une baisse des recettes de 200 millions de dollars en 2024, impose à certains navires marchands de décharger des centaines de conteneurs dans le port de Balboa, côté Pacifique, et les recharger à Colon, côté Caraïbes, après un transport par voie ferrée.
M. Vasquez a souligné que l'Ever Max, battant pavillon de Singapour, a été contraint de décharger des conteneurs cette semaine, mais cela n'a pas empêché d'établir le record du navire ayant transporté le plus de marchandises dans le canal, soit 17.000 conteneurs pour un coût de péage de 1,5 million de dollars.
Au cours de l'exercice 2022, plus de 14.000 navires transportant 518 millions de tonnes de marchandises ont emprunté la voie navigable, rapportant au Trésor panaméen quelque 2,5 milliards de dollars.
Depuis 1914, plus d'un million de navires ont traversé le canal de Panama, principalement en provenance des Etats-Unis, de la Chine et du Japon.
D.Goldberg--CPN