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Bangladesh: le chef du nouveau parti étudiant pour une "Deuxième République"
Son visage barbu incarne le mouvement étudiant qui a mis à bas le régime de fer de Sheikh Hasina. Sept mois après la "révolution", Nahid Islam a créé son parti politique, avec l'ambition de promouvoir une "Deuxième République" du Bangladesh.
"Nous croyons que notre Constitution est devenue inefficace et que le peuple a perdu toute confiance en elle", explique l'ex-étudiant en sociologie lors d'un entretien accordé mercredi à l'AFP.
"Nous voulons en écrire une autre pour restaurer la confiance du peuple" bangladais, poursuit-il, évoquant une assemblée constituante, "nous souhaitons une Deuxième République".
A 27 ans à peine, Nahid Islam s'apprête à quitter sa résidence officielle de "conseiller", ou "ministre", des Postes, des Télécommunications et des Technologies de l'information.
Avec une poignée de camarades de l'université de la capitale Dacca, ce diplômé en sociologie a pris l'été dernier la tête du mouvement des étudiants contre la réforme des quotas dans l'accès à la fonction publique, promue par l'ex-Première ministre Sheikh Hasina.
Quelques semaines d'émeutes violemment réprimées - et pour lui deux arrestations - plus tard, il est entré en août dans le gouvernement provisoire du prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus qui a succédé à la "bégum de fer".
Il en a claqué la porte la semaine dernière pour créer un Parti national des citoyens (NCP).
"Nous constatons que les forces politiques et le mouvement étudiant se sont brouillés. Les réformes pour lesquelles des jeunes ont sacrifié leur vie ne les intéressent plus", regrette Nahid Islam.
"Comme nous avons l'obligation de mettre en œuvre les promesses faites pendant les émeutes", justifie le "ministre" démissionnaire, "nous avons décidé de créer un parti politique".
Pour les élections promises par Muhammad Yunus d'ici au début 2026, le tout nouveau NCP affiche des ambitions électorales modestes.
"Bien sûr nous aspirons au pouvoir", assure Nahid Islam. "Mais nous sommes pragmatiques, nous sommes conscients de nos limites", ajoute-t-il.
- "Parti croupion" -
"Cette élection ou les cinq ou dix prochaines années ne sont pas notre seul objectif", décrit le patron du nouveau mouvement, ambitieux. "Nous pensons plutôt à cinquante, voire cent ans".
Principal opposant au régime de Sheikh Hasina, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) fait figure de grand favori du scrutin à venir. D'autant que la question de la participation de celui de la dirigeante en exil, la Ligue Awami, reste posée.
Conscient de le concurrence que pourrait susciter le nouveau parti étudiant, le BNP l'a aussitôt qualifié de "parti croupion" du gouvernement provisoire.
Une critique balayée par son chef.
"Le pays ne s'est pas soulevé en masse sous la bannière d'un quelconque parti", relève Nahid Islam. "Et le gouvernement (provisoire) n'a rien de politique, il n'a d'ailleurs pas de réelle opposition".
Et de relever, amusé, que le BNP est né en 1978 lorsque son fondateur Ziaur Rahman était le président du Bangladesh (1977-1981). "Peut-être que le BNP ne peut nous regarder qu'à travers sa propre histoire", s'amuse-t-il.
Le nouveau chef de parti doute d'ailleurs que le climat de tensions, politiques et religieuses notamment, qui persiste depuis l'été dernier permette la tenue d'un scrutin apaisé.
"Il n'est pas possible d'organiser une élection dans la situation actuelle", juge-t-il.
"Nous l'avons dit (...) malheureusement cette question a été balayée par les débats politiques", regrette Nahid Islam, en démentant toute volonté de retarder la prochaine échéance électorale.
L'ancien étudiant répète toutefois que la reconstruction sur d'autres bases du pays à majorité musulmane reste sa priorité absolue.
"Nous voulons proposons quelque chose de nouveau", déroule-t-il, "une idéologie qui embrasse un islam tolérant, l'hindouisme, le bouddhisme, le christianisme et les croyances indigènes, dans une totale harmonie entre religions".
"Notre génération a été formée sous le régime fasciste (de Sheikh Hasina)", insiste Nahid Islam. "Il est donc de notre responsabilité de construire un nouveau Bangladesh pour les générations à venir".
Ng.A.Adebayo--CPN