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Le vendredi 13, un porte-bonheur... aussi pour les casinos et opérateurs de jeux
Le jackpot un vendredi 13 ? Ce signe de chance pour les joueurs est aussi une opportunité pour les casinos et opérateurs de jeux d'autant que 2026 en comptera trois, une rareté plus vue depuis 2015 et qui ne reviendra qu'en 2037.
Au casino Barrière d'Enghien-les-Bains (Val-d'Oise), à une quinzaine de kilomètres au nord de Paris, Marie-Laure, 68 ans et Marie-Pascale, 73 ans, installées devant leurs machines à sous "visent les 50.000 euros pour le vendredi 13".
Ces habituées viennent tous les jours ces derniers temps afin de pouvoir glisser un bulletin de participation au tirage au sort pour participer vendredi 13 mars à un jeu pour remporter jusqu'à 13.000 euros.
L'ensemble des 32 casinos du groupe proposeront ce jeu tout comme ils ont proposé un autre jeu le vendredi 13 février. Il en sera de même pour le troisième, en novembre.
"Un vendredi 13 c'est entre 20 et 30% d'entrées supplémentaires par rapport à un vendredi lambda", souligne à l'AFP Bruno Chauvin, le directeur du casino d'Enghien-les-Bains qui a accueilli 750.000 visiteurs en 2025.
"On sait que le casino va bénéficier d'une exposition et d'une fréquentation supplémentaire parce que le vendredi 13 attire naturellement, on en profite pour renforcer cet effet-là par des opérations commerciales", ajoute Clément Martin Saint Léon, directeur général casinos du groupe Barrière.
La FDJ United surfe aussi sur la date et propose un super Loto avec un jackpot de 13 millions minimum. La mise, habituellement de 2,2 euros, est pour le Super Loto de 3 euros.
Si l'opérateur, qui compte 27 millions de joueurs par an en France (tirage et grattage), ne communique pas de chiffres précis, il estime que le vendredi 13 "peut enregistrer, en moyenne, deux à trois fois plus de prises de jeu qu’un tirage classique".
A cette occasion, 38% des Français se disent susceptibles de jouer à un jeu d’argent, selon une enquête CSA réalisée pour FDJ United en 2025.
- "Retournement de sort" -
"Dès sa création en 1933, la loterie nationale avait lancé des tranches spéciales, certaines dénommées par référence à la période de l’année où elles se plaçaient, Pâques, Noël, la Saint-Valentin... et le vendredi 13", explique Elisabeth Belmas, professeure émérite d'histoire moderne à l'université Sorbonne Paris-Nord.
"Si à l’heure actuelle, cette date suscite l’espoir chez certains, elle a longtemps éveillé la crainte de beaucoup d’autres", souligne l'historienne.
Par exemple, la tradition chrétienne renvoie au dernier repas du Christ avec les douze apôtres dont le traître Judas, et "les légendes nordiques rattachent la superstition au meurtre du dieu Balder, commis lors du banquet" de douze convives "que perturbe Loki, le dieu du mal".
Quand "le christianisme devint la religion officielle de l’Empire romain, le vendredi riant et païen dut s’effacer devant la commémoration du Vendredi saint", jour de la mort du Christ, "tout vendredi devenait par essence un jour d’affliction", ajoute Elisabeth Belmas.
Aujourd'hui, le vendredi 13 est devenu signe de chance. "C'est ce qu'on appelle un retournement de sort", explique à l'AFP Dominique Desjeux, anthropologue, professeur émérite à la Sorbonne.
"Dans les années 1930, le loto avait retourné le vendredi 13 du malheur en un jour de chance. Le vendredi 13 est une opération marketing qui a pas mal marché parce que les gens y croient", selon lui.
"Le fait d'être joueur et superstitieux va souvent de pair", confirme Bruno Chauvin.
Selon le sondage pour FDJ United, 41% des Français se considèrent superstitieux et près d’un Français sur quatre (22%) se déclare sensible au chiffre 13. Ce chiffre atteint même 44% parmi les Français qui se considèrent superstitieux.
Au casino d'Enghien-les-Bains, Olivier, 58 ans, assis devant sa machine à sous, a expliqué à l'AFP qu'il ne "croit pas à la chance du vendredi 13" et ne viendra pas jouer ce jour-là car "il y a trop de monde, on n'accède pas à nos machines".
"Moi je me dis que c'est comme les autres jours", confirme sa compagne Nicole, 67 ans avant de glisser "mais quand même, ça me titille".
P.Petrenko--CPN