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Bétharram: L'Etat pas "au rendez-vous", regrette Borne, les gardes à vue touchent à leur fin
"L'Etat n'a pas été au rendez-vous" dans l'affaire des violences physiques et sexuelles à Notre-Dame-de-Bétharram qui ont perduré plusieurs décennies, a regretté la ministre de l'Education Elisabeth Borne vendredi, au moment où la garde à vue de deux anciens surveillants de l'établissement catholique s'achève.
Trois hommes -un religieux et deux surveillants laïcs nés en 1931, 1955 et 1965-, avaient été interpellés mercredi pour des "viols aggravés, agressions sexuelles aggravées et/ou violences aggravées", sur une période allant de 1957 à 2004, selon le parquet de Pau.
Le prêtre nonagénaire a été relâché jeudi, sans précisions du parquet sur la suite de la procédure judiciaire, et les victimes espèrent maintenant de premières mises en cause après la fin des gardes à vue des deux surveillants, au plus tard en début d'après-midi.
Ces interpellations interviennent un an après le lancement d'une vaste enquête sur cet établissement presque bicentenaire des Pyrénées-Atlantiques, longtemps réservé aux garçons, avec son pensionnat à la réputation "stricte".
Le collectif de victimes de Bétharram a recensé 132 plaintes. Les victimes, enfants ou adolescents à l'époque des faits, décrivent des masturbations et fellations imposées ou subies plusieurs fois par semaine, des châtiments corporels, menaces et humiliations.
Mme Borne a jugé vendredi sur BFMTV/RMC "difficile de comprendre" pourquoi l'Etat n'a pas réagi plus tôt et a dit vouloir que le gouvernement continue à agir "pour que la parole se libère".
- "Exploitation politique" -
L'établissement, qui n'a presque jamais été inspecté à part un contrôle en 1996 n'ayant rien relevé d'anormal malgré déjà des signalements de violences, doit faire l'objet d'une inspection académique le 17 mars. Mercredi, l'ancien inspecteur d'académie, a exprimé des regrets sur son rapport de 1996 qui "ne tient pas la route actuellement".
La ministre a déclaré vouloir accélérer les contrôles des établissements privés "avec un objectif 40%" dans les 24 mois, alors que ces inspections étaient quasi inexistantes auparavant. Elle a suggéré ne pas "s'interdire" des inspections inopinées.
"Mediapart, la France insoumise donneraient l'impression que le seul qui n'aurait pas vu ce qu'il aurait dû voir, ce serait François Bayrou", a poursuivi Mme Borne, soulignant que des "plaintes pour violences sexuelles" ont été "déposées à partir des années 1998" et "qu'il y en a d'autres qui n'ont sans doute pas vu ou pas réagi à l'époque".
- "Soutane ouverte" -
Les trois interpellations sont intervenues quatre jours après une réunion entre des victimes et François Bayrou.
Parmi les plaintes recensées, une poignée ne sont pas frappées par la prescription, estime son porte-parole Alain Esquerre, lui-même ancien pensionnaire.
Des victimes interrogées par l'AFP mettent en cause les trois suspects.
"J'ai subi des punitions, des violences, on nous caressait à la sortie des douches, personne ne disait rien, on avait neuf ans !", enrage Brice Ducos, 49 ans, interne à Bétharram entre 1984 et 1991, ciblant l'un des deux surveillants surnommé "Cheval" à l'époque.
Allusion à la chevalière qu'il portait à une main et qu'il retournait avant de gifler un élève, en lui disant: "Regarde ce que tu m'obliges à faire", témoigne auprès de l'AFP un autre ancien, scolarisé de 1973 à 1980, qui a requis l'anonymat.
Antoine (prénom modifié), 48 ans, incrimine, lui, l'autre surveillant écarté l'an dernier. "J'ai été son protégé", dit-il, évoquant des agressions sexuelles sous la tente lors de sorties scouts, puis des masturbations hebdomadaires, quatre ans durant, quand il habitait chez lui.
Jean-Marie Delbos, 78 ans, accuse, lui, le nonagénaire, "jeune ecclésiastique" quand il le vit arriver au dortoir en 1957. Il "venait la nuit, soutane ouverte, s'accroupir au pied du lit pour faire des attouchements et des fellations", raconte-t-il.
Des "faits graves", "en contradiction totale avec l'esprit de l'enseignement catholique", a réagi jeudi la Conférence des évêques de France (CEF).
cas-ved-mer-ppy/gf/sla
P.Kolisnyk--CPN