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Après une alerte de drone inédite, Vilnius revoit son réseau d'abris
Au son strident de la sirène d'alerte déclenchée pour la première fois à Vilnius après la détection d'un drone errant, Ruta Gaskauskaite s'est précipitée vers l'abri le plus proche — mais y a buté sur une porte close à double tour.
Ex-république soviétique désormais membre de l'UE et de l'Otan, la Lituanie avertit de longue date contre la menace russe, plus pressante encore depuis l'annexion de la Crimée en 2014 et l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022.
Comme les autres Etats partageant une frontière avec la Russie et le Bélarus, le pays balte renforce sa défense et la préparation de sa population civile.
Mais il est pris de court par la guerre des drones.
Kiev multiplie de fait les frappes contre des sites pétroliers russes sur la mer Baltique en projetant des drones dont certains sont brouillés et délibérément déroutés par Moscou vers les pays se trouvant sur leur trajectoire, selon la Lituanie et ses alliés.
L'alerte du 20 mai sur Vilnius, déclenchée par le ministère de la Défense, a mis à nu les failles du système.
"Certes, il y a cette application qui indique tous les abris à proximité", explique à l'AFP Ruta Gaskauskaite, responsable de projets culturels de 29 ans, mais quand "nous sommes allés à l'un d'eux, il était tout recouvert de toiles d'araignée. Et il semblait qu'il n'y avait personne".
Le troisième abri seulement s'est avéré accessible, mais même là il a fallu attendre près de vingt minutes avant que quelqu'un ne vienne ouvrir la porte.
- Des "lacunes" à combler -
Son cas est loin d'être isolé: les témoignages des habitants désemparés ont foisonné.
"Ce test a montré qu'il y avait des angles morts auxquels nous n'avions pas pensé", regrette Mme Gaskauskaite.
Le fiasco a contraint la Première ministre lituanienne, Inga Ruginiene, elle-même conduite dans un abri ainsi que le président du pays et les parlementaires, à présenter publiquement ses excuses et promettre un réexamen des procédures.
Interrogé par l'AFP, le vice-ministre de la Défense a reconnu des failles.
"Nous devons améliorer notre approche du système d'abris, nous devons voir comment ces systèmes d'abris sont gérés, à qui ils appartiennent", a admis Tomas Godliauskas, même si, a-t-il plaidé, "on ne peut pas être totalement préparés à toutes les situations" possibles.
L'objectif est aussi de former davantage de citoyens à la gestion des situations d'urgence, explique cet ancien militaire désormais chargé de la préparation de la population.
Il compte pouvoir construire ou aménager à partir de bâtiments existants des lieux à usage mixte (salles de sport par exemple) qui pourraient aussi servir d'abris.
- Des "abris polyvalents" -
Les projets concernent les centres urbains, mais aussi les campagnes.
Mantas Varaska est le maire de Kazlu Ruda, une ville d'environ 6.000 habitants située à une quarantaine de kilomètres de l'exclave de Kaliningrad et entourée de denses forêts où s'entraînent des soldats de l'Otan.
"Nous n'avons pas de véritables abris polyvalents" pour civils, regrette l'élu.
Il plaide pour la construction d'un abri souterrain long d'une centaine de mètres, capable d'accueillir 3.000 personnes et susceptible, en temps de paix, de servir de salle de sport, de gymnase et de stand de tir.
M. Varaska désigne une vaste étendue verte qui longe la voie ferrée au centre de cette petite ville, où "en cas d'urgence, même si vous n'avez pas de voiture, vous pourriez rejoindre un lieu sûr en cinq minutes".
Selon lui, les travaux pourront commencer dès l'année prochaine, mais pour l'heure, il cherche toujours les financements.
- "Se préparer au pire" -
Les autocollants jaunes caractéristiques signalant un abri parsèment désormais Vilnius: on les voit à l'entrée de parkings, d'écoles, de ministères et de caves situées sous les blocs d'immeubles de l'époque soviétique.
Fin 2024, la Lituanie comptait 6.344 abris, capables d'accueillir la moitié des 2,8 millions d'habitants, indique un rapport publié l'an dernier par la Cour des comptes nationale.
Selon elle, "l'État n'est pas encore prêt à protéger l'ensemble de la population en cas d'urgence ou de guerre".
Aussi certains habitants — comme Ruta Gaskauskaite — ont-ils décidé de s'organiser entre eux.
Quelques jours après l'alerte aérienne à Vilnius, elle s'est réunie avec des amis pour discuter stockage de nourriture et équipement de survie, et réviser les gestes de premiers secours.
"C"est la seule chose qui me calme un peu, savoir que je suis prête (...) en espérant le meilleur et en me préparant au pire".
A.Zimmermann--CPN