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Fibre Excellence: les salariés de Tarascon en colère après la liquidation de l'usine
Le verdict était attendu mais reste vécu "comme une trahison" : les 270 employés de l'usine de pâte à papier Fibre Excellence de Tarascon (Bouches-du-Rhône) ont appris mercredi la liquidation judiciaire du site, qui nourrit l'inquiétude pour l'avenir de tout un territoire.
Le tribunal de commerce de Toulouse, qui a prononcé le jugement, considère que le site de Tarascon, ainsi que l'unité de production d’électricité Biowatt SAS, se trouvent dans une "situation irrémédiablement compromise, sans perspective de redressement", grevés par un passif de près de 105 millions d'euros.
La décision intervient deux jours après le rejet de l'unique offre de reprise portant sur l'ensemble de Fibre Excellence, présentée par le financier Matthieu Pigasse avec le soutien des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Concernant le sort de l'autre usine du groupe, située à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) avec également 270 salariés, la juridiction se prononcera jeudi, l'industriel Soprema, l'un des leaders mondiaux de l'étanchéité, ayant manifesté son intérêt à la dernière minute, selon une source proche du dossier.
Alors que les employés sont mobilisés en bloquant l'accès de l'usine depuis le 21 juillet au moyen de machines et des troncs d'arbres, Soprema a officialisé mercredi soir sa proposition de reprise de Saint-Gaudens et versé la garantie de deux millions d'euros que le tribunal de commerce lui demandait, selon des sources proches du dossier. Le tribunal doit dire jeudi s'il lui accorde un délai supplémentaire pour présenter une offre en bonne et due forme.
À Tarascon, l'annonce de la liquidation judiciaire a été accueillie avec colère et résignation.
"C'est une catastrophe économique pour la ville, pour l'agglomération, pour le territoire", réagit le maire RN Alexandre Ducouret. "Ces 270 emplois, il va falloir les recaser. La plupart, c'est des gens qui doivent encore travailler de longues années".
Mercredi matin, une cinquantaine d'entre eux se sont réunis devant les grilles de l'établissement avant la décision de "la dernière chance".
- "Ca recommence" -
Sous une casquette bleue, Hubert Costa, 46 ans, employé du site depuis deux ans, verse des larmes : l'ouvrier vit son deuxième plan social en peu de temps après avoir dû quitter une autre usine à papiers près d'Avignon.
"Quand je suis arrivé ici, on nous annonçait des investissements, des projets. Je pensais retrouver une entreprise solide. Et là, ça recommence", raconte-t-il.
Père de trois enfants, il s'inquiète désormais de l'avenir. "Quand on n'a pas de diplôme, les usines sont parmi les seuls emplois qui permettent encore de vivre correctement."
Pour lui, la fermeture dépasse le sort des seuls salariés. "C'est quand même important la souveraineté industrielle. Pendant le Covid, pour tout ce qui était produit en France, t'étais un dieu. Aujourd'hui, quand on écoute les informations, on n'entend parler que de fermetures."
Même amertume chez Frédéric Sanchez, délégué syndical CFDT. "Bien sûr que c'est une trahison", lance-t-il. "On va faire venir de la pâte du Brésil ou de Chine alors qu'on a les capacités pour la produire ici. Économiquement, c'est aberrant."
Le responsable syndical souligne également les difficultés de reclassement dans la région. "Pour retrouver de l'industrie lourde, il faut aller vers le bassin de Fos-sur-Mer (une cinquantaine de kilomètres, ndlr). Ici, les entreprises du secteur recrutent peu".
Placée en redressement judiciaire fin avril, Fibre Excellence a déjà cessé toute activité sur ses deux sites de Tarascon et Saint-Gaudens. Son actionnaire indonésien, le milliardaire Jackson Wijaya, qui affirme avoir injecté près de 300 millions d'euros dans le groupe, avait décidé au printemps de ne pas poursuivre son soutien financier, invoquant l'absence de rentabilité.
"Cette usine, elle faisait vivre l'économie locale (...) comment retrouver du travail à Tarascon ?", se désole Martine (prénom d'emprunt), après onze années passées chez Fibre Excellence.
Plantée au bord du Rhône, la haute cheminée rouge et blanche du site marque depuis 1951 l'entrée sud de la cité de 15.000 habitants, située à une centaine de kilomètres de Marseille.
Ses émissions polluantes, mesurées dans la qualité de l'air, suscitent depuis de nombreuses années les inquiétudes des riverains et des associations de défense de l'environnement, donnant lieu à plusieurs contentieux judiciaires.
"L'usine n'était pas aux normes depuis 2001. Si les travaux avaient été faits, peut-être qu'elle n'aurait pas fermé", regrette le maire.
Amers, les salariés rappellent que la dépollution du site est estimée à plusieurs dizaines de millions d'euros, beaucoup plus, selon eux, que le soutien nécessaire à la poursuite d'activité.
Ng.A.Adebayo--CPN