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Stellantis investit "plus d'un milliard d'euros en France", pour être "compétitifs" face aux Chinois
Le patron du constructeur Stellantis, Antonio Filosa, a confirmé mardi qu'il allait investir "plus d'un milliard d'euros en France", pour produire à Mulhouse trois nouveaux modèles Peugeot mais aussi développer une plateforme multi-modèles qui doit rendre le groupe "compétitif avec les groupes chinois qui produisent en Europe".
Cette annonce a été accueillie avec soulagement par les 4.500 salariés à Mulhouse, qui attendaient depuis longtemps l'attribution de nouveaux modèles pour ce site de Peugeot, né il y a 60 ans, qui produit des 308 et des 408.
Les trois nouveaux modèles produits à partir de 2029 seront des berlines et SUV, électriques ou hybrides.
L'investissement, qui ne comprend pas d'aides publiques, sera réparti à 50% en recherche et développement, 40% pour l'usine alsacienne, l'une des cinq de Stellantis en France, et 10% dans d'autres sites.
Plus de 500 millions d'euros financeront le développement de la nouvelle plateforme STLA One, une architecture modulable qui définit le type de châssis, le cerveau informatique des voitures, l'emplacement des batteries dans le socle (pour les modèles électriques) ou encore le type de transmission entre le volant et les roues, qui sera électrique et non mécanique.
Sur cette plateforme, cœur du nouveau plan stratégique de Stellantis, seront construits 30 nouveaux modèles au niveau mondial, pour un million d'unités d'ici 2030, et deux millions d'ici 2035, a précisé M. Filosa, venu visiter l'usine en compagnie des ministres de l'Économie Roland Lescure et de l'Industrie Sébastien Martin.
"C'est un message clair sur le rôle de la France comme pays stratégique pour notre groupe", a déclaré M. Filosa devant la presse.
L'annonce confirme aussi la place de Peugeot parmi les quatre marques mondiales que va désormais privilégier le groupe italo-franco-américain, avec l'italienne Fiat et les américaines Jeep et Ram.
Le directeur général a estimé, sans précisions chiffrées, que la production de nouveaux modèles à Mulhouse allait "beaucoup augmenter les opportunités d'emplois" ainsi que le volume de production, actuellement "bas, à 125.000 véhicules par an, contre 300.000 il y a environ quatre ans".
- Pas de "nationalisme" -
Et "la nouvelle plateforme va nous permettre de réduire les coûts de 20% et de nous rendre compétitifs avec les groupes chinois qui produisent en Europe", a-t-il déclaré.
Stellantis a besoin de rationaliser son outil de production après avoir accusé des pertes colossales en 2025 et perdu des parts de marché en Europe, où sa marge était quasiment nulle au premier trimestre.
D'ici à 2030, le constructeur veut produire 50% de ses volumes sur trois plateformes mondiales, avec jusqu’à 70% de composants communs. Il compte aussi réduire de 800.000 ses capacités de production en Europe, sans fermer de site, grâce à des partenariats, comme ceux annoncés avec le chinois Leapmotor dans deux usines en Espagne et le chinois Dongfeng à Rennes.
Des plans de partage de production sont aussi envisagés dans plusieurs usines italiennes, notamment à Pomigliano, a indiqué M. Filosa.
"Nous voulons développer des e-cars (petites voitures électriques, NDLR) à Pomigliano, à travers un partenariat que nous sommes encore en train de finaliser, c'est un autre moyen de partager les capacités. Nous avons aussi un plan pour Cassino et pour l'usine Maserati de Modène, que nous présenterons en décembre. Si vous additionnez tout cela, ainsi que l'usine de Luton (en Grande-Bretagne, fermée l'an dernier, NDLR), voilà ce que nous faisons", a-t-il détaillé.
Interrogé sur le sentiment de certains cadres européens d'être désormais au sein d'un groupe américain, M. Filosa a dit "sincèrement, je ne comprends pas. Le nationalisme n'est pas une très bonne chose dans notre industrie. Notre force est d'être un groupe mondial".
Les représentants du personnel à Mulhouse ont salué une annonce apportant du "soleil" au site. "Ça fait des années qu'on attendait un projet et là, on nous en annonce trois. C'est extraordinaire", a commenté la secrétaire de FO Stellantis Mulhouse, Deborah Schorr.
"Notre priorité, c'est l'emploi. On va se battre pour que l'avenir du site soit assuré sur une décennie et au-delà", a-t-elle ajouté.
"On est vraiment fiers et heureux", a renchéri Jérôme Jausy, directeur de l'usine de montage.
Le syndicat CFE-CGC a salué "le rôle central de Mulhouse dans les projets à venir", même si persistent des "attentes fortes (...) quant aux volumes, à la pérennité de l'activité et aux garanties sociales associées".
O.Ignatyev--CPN