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TotalEnergies réunit ses actionnaires à l'heure de la polémique sur ses "super-profits"
TotalEnergies réunit ses actionnaires à l'heure de la polémique sur ses "super-profits" / Photo: Sameer Al-DOUMY - AFP

TotalEnergies réunit ses actionnaires à l'heure de la polémique sur ses "super-profits"

L’assemblée générale de TotalEnergies s'ouvre vendredi dans un climat de défiance, entre critiques des associations environnementales et polémique sur ses profits, à laquelle le PDG répond en défendant ses bénéfices qui ne tombent "pas du ciel" et ses ristournes à la pompe très populaires.

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Pour la 3e année consécutive, le groupe français tient sa grand-messe des actionnaires dans sa tour du quartier d'affaires de La Défense, plus facile à sécuriser, et non dans un lieu de la capitale où des heurts entre forces de l'ordre et militants écologistes avaient pu se produire par le passé.

Une habitude désormais, l'assemblée générale accueillera les actionnaires à 14H00 dans un luxe de précautions: pas de téléphone portable, vigiles en nombre et portique anti-métaux à l'entrée, dispositif policier aux abords.

Auparavant, non loin de là, se tiendra à 10H00 une "action visuelle" sur le parvis de La Défense pour dénoncer "le soutien financier et politique dont continue de bénéficier le groupe", selon les associations Attac, Avaaz, 350 et Action Justice Climat Paris. A 12H30, le PCF appelle à manifester "devant le siège de Total" contre l'augmentation des prix du carburant, conséquence de la guerre au Moyen-Orient.

Dopé par la flambée des hydrocarbures, TotalEnergies a dégagé au premier trimestre un bénéfice de 4,96 milliards d'euros (+51% sur un an), relançant le débat sur l'opportunité de taxer les "superprofits".

Après une proposition de loi du PS en ce sens, le sénateur Yannick Jadot et son groupe écologiste ont annoncé jeudi le dépôt d'un autre texte pour le retour de l'Etat au capital du groupe, espérant "redonner à l'Etat les moyens de protéger notre souveraineté énergétique".

La gauche accuse le groupe d'être un "profiteur de guerre". Le bouillant PDG Patrick Pouyanné répond en contestant que ses bénéfices "tombent du ciel" et en défendant son "effort conséquent" à travers le plafonnement du prix des carburants dans ses stations - initiative bien accueillie par les automobilistes et un gouvernement aux marges de manoeuvre ténues. "Le débat politique, quand il nous concerne, est parfois exacerbé et outrancier", a déploré le patron dans une interview au Figaro.

- Débat sur le climat -

Au-delà du contexte politique, le principal enjeu de la réunion porte sur le vote de l'extension de la limite d'âge de la fonction de président de 70 à 75 ans, et celle de directeur général de 67 à 70 ans. Patrick Pouyanné, qui occupe les deux fonctions depuis 2014, est aujourd'hui âgé de 62 ans, et a été reconduit en 2024 pour 3 ans.

Mais l'attention devrait aussi se concentrer sur la stratégie de transition énergétique du groupe, critiqué par les ONG pour ses projets d'expansion dans les énergies fossiles malgré les alertes des scientifiques du GIEC sur le réchauffement planétaire, un accélérateur des phénomènes climatiques extrêmes, comme la canicule qui fait suffoquer la France ces derniers jours.

Trois associations (Les Amis de la Terre France, ClientEarth et Notre Affaire à Tous) ont indiqué jeudi avoir signalé à l'Autorité des marchés financiers certaines déclarations du groupe liées au climat susceptibles selon elles de tromper les investisseurs.

"En 2023, Total annonçait qu'ils allaient dédier 30% de leurs investissements à de nouveaux projets pétroliers et gaziers d'ici 2030. En 2026, ce chiffre est passé à 35%. A l'inverse, Total ne cesse de diminuer la part de ses investissements dans la partie électricité intégrée et molécule bas carbone", a souligné Antoine Bouhey coordinateur de la campagne Defund TotalEnergies de Reclaim finance, lors d'un point presse jeudi.

Les associations dénoncent par ailleurs une résolution proposant l'entrée de Slawomir Krupa, directeur général de Société Générale au Conseil d'administration, soulignant que la banque "n'a cessé d'augmenter ses investissements et ses financements dans le secteur fossile, le pétrole et le gaz", selon Antoine Bouhey.

En mars, TotalEnergies a opéré un important revirement en reconnaissant, dans son rapport climat, ne pas être en mesure d'atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050, au vu des trajectoires énergétiques actuelles.

TotalEnergies a inscrit à l'ordre du jour un débat sur ce rapport climat, mais il ne donnera pas lieu à un vote consultatif des actionnaires, comme cela avait été le cas en 2024.

P.Schmidt--CPN