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En Allemagne, le bastion chimique de Ludwigshafen face au déclin industriel
Au bord du Rhin, à Ludwigshafen, le déclin industriel de l'Allemagne se reflète dans cette ville-usine dominée par le géant de la chimie BASF, qui supprime de nombreux emplois locaux tout en renforçant ses activités en Chine.
Le marasme dans la première économie européenne impose un lourd tribut à ces villes, qui ont longtemps compté sur des titans manufacturiers pour l’emploi, la prospérité et la confiance dans l'avenir.
"La situation est bien sûr difficile", confie à l’AFP Sinischa Horvat, président du comité d'entreprise de BASF, qui emploie 30.000 personnes dans cette ville de 175.000 habitants.
"L’ensemble du marché est actuellement si faible. Quand on suit les informations en ce moment, on n’entend aucun message positif".
BASF fait partie des poids lourds de l’industrie manufacturière allemande — de l’automobile à l’acier en passant par la construction de machine — qui ralentissent leurs activités sur le territoire national.
Ils luttent contre la hausse des coûts de l’énergie, une concurrence féroce venue de Chine et une demande atone, un cocktail de difficultés qui mettent à mal le modèle industriel allemand.
- Tournant vers la Chine -
Depuis 2022, quelque 2.500 emplois ont été supprimés à Ludwigshafen, ville parsemée d’immenses installations chimiques. Et d’autres réductions d'effectifs sont à venir.
Récemment, l'entreprise a décidé de vendre des milliers d’appartements lui appartenant, la plupart occupés par des employés et retraités de BASF, ce qui a renforcé l’inquiétude.
Pour Patrick Thiel, employé de 29 ans et habitant de l'un de ces logements, cette décision envoie un signal clair : "BASF réduit la voilure".
Candidat du parti de gauche Die Linke aux élections locales, il redoute que ce mouvement ne s'arrête pas au patrimoine immobilier. "On craint toujours que cela ne touche pas seulement les appartements, mais aussi l'usine principale", explique-t-il.
Ces logements participaient jusqu'ici à une forme de "symbiose" entre l'entreprise et la ville, selon M. Horvat.
"Cela a favorisé une compréhension de la chimie et façonné la relation avec BASF dans la ville", explique-t-il.
Le groupe affirme que le produit de la vente servira à renforcer ses activités principales en tant que fournisseur d'intrants chimiques pour les secteurs agricole, automobile et pharmaceutique, tout en reconnaissant que l’opération a "suscité des incertitudes".
"Personne ne doit craindre de perdre son logement", affirme une porte-parole du leader mondial du secteur, ajoutant que BASF entend rester une "partie intégrante de la communauté locale à l’avenir".
Pour souligner son ancrage à Ludwigshafen, qui concentre un tiers de ses effectifs mondiaux, BASF a accepté de reporter tout licenciement économique jusqu'au moins 2028 et de continuer à investir.
Mais en parallèle, il se développe rapidement à l’étranger.
BASF a inauguré le mois dernier en Chine le plus important projet d’investissement de son histoire, un gigantesque complexe de 8,7 milliards d’euros.
Consolider sa présence en Chine, premier marché chimique mondial, est crucial, argumente le groupe.
- Danger du "statu quo" -
En 2025, les industriels allemands ont supprimé 124.000 emplois, soit deux fois plus qu'en 2024, avec des pertes particulièrement lourdes dans le secteur automobile, selon une étude du cabinet de conseil EY.
L'activité manufacturière est ainsi tombée l'an dernier à 19,5 % du PIB, son plus bas niveau depuis longtemps, d’après des chiffres officiels.
"Des entreprises qui faisaient autrefois la fierté de l’Allemagne souffrent", souligne Marcel Fratzscher, président de l’institut économique berlinois DIW.
Les régions sinistrées par la crise économique sont des terreaux fertile pour le parti d'extrême droite AfD, principale force d'opposition du pays, avertissent les experts.
Mais l’Allemagne a traversé nombre de bouleversements économiques par le passé, rappelle M. Fratzscher, exhortant les politiques et les entreprises à relancer l'économie.
La transformation actuelle devrait être vue "comme une opportunité de se diriger vers des secteurs qui offrent de meilleures marges, de meilleurs emplois", selon lui.
"La plus grande erreur que nous pouvons faire est de maintenir le statu quo, de maintenir toutes les entreprises exactement telles qu’elles sont. Cela conduirait à une désindustrialisation beaucoup plus importante", prévient-il.
D.Avraham--CPN