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États-Unis: Kevin Warsh en passe d'être confirmé à la présidence de la Fed
Le Sénat américain est sur le point de confirmer mercredi la nomination du candidat de Donald Trump, Kevin Warsh, à la tête de la puissante banque centrale des États-Unis (Fed).
Le parti présidentiel est majoritaire au Sénat, et l'issue du vote, prévu à partir de 14H00, heure locale (18H00 GMT), ne fait guère de doute.
M. Warsh n'aura ensuite plus qu'à prêter serment avant de prendre définitivement ses fonctions.
La chambre haute a déjà validé mardi, par 51 voix contre 45, son entrée au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, pour quatorze ans. Le mandat de président courra, lui, sur quatre ans.
M. Trump, qui ne cache pas vouloir des taux directeurs plus bas, avait envisagé de le nommer au sommet de l'institution monétaire dès 2018, du temps de son premier séjour à la Maison-Blanche. Il lui avait finalement préféré Jerome Powell, renouvelé sous le démocrate Joe Biden, dont la présidence s'achève vendredi.
Donald Trump avait très vite regretté son choix et l'a fait savoir en multipliant les injures et pressions de toutes sortes à lencontre de M. Powell.
Nombre d'observateurs prédisent à Kevin Warsh le même sort s'il n'abaisse pas les taux directeurs.
Il lui faudrait pour cela convaincre les onze responsables qui voteront à ses côtés sur la politique monétaire.
La Fed est chargée de lutter contre l'inflation sans casser l'emploi. Sa principale arme sont ses taux, qui guident les coûts d'emprunt: elle peut les relever pour calmer les tensions sur les prix ou les abaisser pour relancer la machine économique et éviter que des personnes connaissent le chômage.
Pour l'heure, le chômage reste faible, à 4,3%.
La plupart des banquiers centraux sont donc focalisés sur la poussée de fièvre liée à la guerre au Moyen-Orient et à la forte remontée des prix de l'essence.
La Fed vise les 2% d'inflation, un objectif manqué depuis cinq ans et qui s'éloigne à nouveau à grande vitesse. Les prix à la consommation ont augmenté en avril à un rythme qui n'avait plus été vu depuis quasiment trois ans (+3,8% sur un an).
- Powell reste à la Fed -
Kevin Warsh, 56 ans, présidera sa première réunion de politique monétaire les 16 et 17 juin.
Il retrouve une institution qu'il a déjà connue en tant que simple gouverneur (2006-2011), pour siéger aux côtés de responsables dont il a éreinté les choix.
Le premier d'entre eux est Powell, resté huit ans en tout à la tête de la Fed, et qui a décidé de rester au conseil des gouverneurs (il peut le faire jusque janvier 2028). L'institution représente une forme de protection pour celui que Donald Trump a pris en grippe.
Il y a également la gouverneure Lisa Cook, que le dirigeant a aussi tenté d'éjecter. La Cour suprême doit rendre prochainement sa décision dans cette affaire.
"Je ne pense pas que l'indépendance de la politique monétaire soit menacée lorsque des élus expriment leur point de vue sur les taux. L'indépendance de la Fed dépend de la Fed elle-même", a déclaré Kevin Warsh aux sénateurs qui l'ont auditionné, le mois dernier.
Gouverneur pendant la crise financière de 2008, il a dit avoir "vu la Fed et ses membres sous leur meilleur jour". "Mais j'ai également vu une institution tentée de jouer un rôle plus important dans l'économie et la société", a-t-il regretté, estimant que la Fed devait "rester dans son couloir" — la politique monétaire — pour rester crédible.
Il compte notamment réduire le volume d'actifs financiers détenus par l'institution — qui a explosé au fil des crises — pour diminuer son poids sur les marchés.
Il pourrait aussi essayer de communiquer différemment — moins.
Les investisseurs avaient bien accueilli l'annonce de sa nomination, en début d'année.
Ils se rappellent qu'il a été un banquier central "faucon", soucieux de l'inflation et pensent qu'il ne défendra pas des baisses de taux injustifiées.
"Warsh pourrait peut-être voter pour une baisse des taux", dit à l'AFP Mark Zandi, économiste à Moody's, "mais il sait qu'il ne l'emportera pas, car il n'y aura que son vote, peut-être un autre, et tous les autres ne voudront pas bouger, voire voudront commencer à relever les taux" au vu de l'inflation.
D.Philippon--CPN