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Grand chambardement et annulations de jeux chez Ubisoft pour redevenir compétitif
Fini de jouer pour Ubisoft: empêtré dans des difficultés financières depuis plusieurs années, le géant français des jeux vidéo se dote d'une nouvelle organisation inédite pour être plus compétitif, au prix de plusieurs jeux annulés et d'une nouvelle cure d'austérité.
Première victime de ce grand chambardement interne: "Prince of Persia: les Sables du temps", remake de l'un des plus grands succès d'Ubisoft dans les années 2000, ne verra jamais le jour malgré plusieurs années de développement. Ce qui a suscité une vague de messages de fans déçus sur les réseaux sociaux.
Cinq autres jeux sont également abandonnés: "4 titres non annoncés" et "un jeu mobile", détaille le groupe dans un communiqué. Sept autres jeux bénéficieront "d'un temps de développement supplémentaire".
Confronté à un marché plus sélectif et concurrentiel, la direction du groupe a annoncé prévoir finalement une perte opérationnelle d'un milliard d'euros pour l'exercice en cours et vouloir recentrer ses efforts, en repartant avec une nouvelle organisation interne.
Ce modèle opérationnel, inédit dans l'industrie, sera lancé début avril et s'articulera autour de cinq "maisons de créations" réunissant une partie de ses studios.
La première, Vantage Studios, a vu le jour en octobre et réunit les marques phares d'Ubisoft ("Assassin's Creed", "Rainbow Six" et "Far Cry"), avec pour objectif de générer un milliard d'euros par an.
- Cinq "maisons de création" -
Valorisée à 3,8 milliards d'euros, cette filiale est détenue à hauteur de 26,32% par le groupe chinois Tencent, en échange de 1,16 milliard d'euros.
Elle est désormais rejointe par quatre autres "maisons" thématiques: une consacrée aux jeux de tirs ("The Division", "Ghost Recon", "Splinter Cell"), une dédiée aux univers fantastiques ("Rayman", "Prince of Persia", "Beyond Good & Evil"...), une autre réunissant des titres comme "For Honor" et "The Crew", tandis qu'une dernière est centrée sur les jeux familiaux comme "Just Dance".
"Chacune est structurée autour d'un genre créatif bien défini et d'un positionnement de marque, avec une responsabilité complète et une autonomie financière", a souligné le PDG d'Ubisoft Yves Guillemot, soulignant un "changement radical" pour le groupe.
Ces maisons réuniront environ la moitié des studios d'Ubisoft dans le monde, tandis que l'autre moitié apportera son soutien et son expertise aux différents projets au travers d'un réseau mondial partagé, a détaillé à l'AFP la directrice des studios Marie-Sophie de Waubert.
Les équipes technologiques et les services de production, de marketing et de distribution seront mutualisés, tandis que le siège, situé en région parisienne, aura notamment la charge d'établir les priorités stratégiques et l'allocation des fonds.
- Nouveau plan d'économie -
Côté salariés, la direction souhaite réduire fortement le télétravail pour revenir à une présence sur site de cinq jours par semaine. Un souhait qui pourrait passer difficilement: plusieurs grèves avaient paralysé les studios en 2024 en France pour défendre le travail à distance.
"C'est totalement gratuit, injuste et brutal", a réagi auprès de l'AFP Vincent Cambedouzou, représentant du Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV) à Ubisoft Paris.
"On ne peut pas juste assister à ce désastre sans rien faire", a-t-il ajouté, pointant un "conflit initié par la direction".
Le groupe, qui a réduit ses effectifs de plus de 3.000 salariés dans le monde et fermé plusieurs studios ces dernières années dans le cadre d'un plan d'économie de 300 millions d'euros, engage "une troisième et dernière phase" de ce plan, pour réduire ses coûts "d'au moins 200 millions d'euros" d'ici deux ans.
"Les gens sont terrifiés, les studios ferment les uns après les autres", poursuit M. Cambedouzou, alors que la direction a annoncé la fin du studio d'Ubisoft Stockholm.
Selon Yves Guillemot, "le recentrage du portefeuille aura un impact significatif sur la trajectoire financière à court terme" du groupe.
L'entreprise, qui prévoyait jusque-là un résultat opérationnel proche de l'équilibre pour son exercice 2025/2026, anticipe désormais une perte opérationnelle d'un milliard d'euros et un net bookings (réservations nettes, soit les ventes hors revenus différés) en baisse, à environ 1,5 milliard d'euros sur l'année.
Dans un contexte mondial de crise de croissance pour tout le secteur du jeu vidéo, Ubisoft a enchaîné plusieurs revers ces dernières années, avec des lancements de jeux en demi-teinte ou encore l'arrêt précoce de son jeu de tir en ligne "XDefiant".
A la peine sur les marchés, l'action d'Ubisoft a plongé de 51% en 2025.
Y.Uduike--CPN