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Murree, la brasserie historique du Pakistan, se réjouit d'avoir obtenu une licence d'exportation
Un arôme capiteux de malt et de levure de bière flotte dans la plus ancienne et grande brasserie du Pakistan, qui se prépare à s'agrandir à la faveur d'une autorisation de vendre à l'étranger après près de 50 ans d'interdiction.
Fondée en 1860 pour étancher la soif des soldats britanniques et de la communauté coloniale, Murree a survécu à l'opposition islamiste et à une réglementation stricte pour devenir l'une des entreprises les plus connues du Pakistan, pays à majorité musulmane où l'alcool est largement interdit.
"C'est un parcours de type montagnes russes", explique lors d'un entretien avec l'AFP Isphanyar Bhandara, troisième génération de sa famille à diriger l'entreprise.
"Obtenir l'autorisation d'exporter est une autre étape importante", ajoute-t-il, rappelant que son grand-père et son père avaient "essayé d'obtenir la licence d'exportation, en vain".
Il se souvient comment en 2017 il a eu la "mauvaise surprise" d'apprendre que la brasserie et distillerie Hui Coastal, gérée par des Chinois, avait obtenu l'autorisation de brasser de la bière au Pakistan, principalement pour les milliers de Chinois travaillant sur de grands projets d'infrastructure dans le pays.
Issu de la petite mais influente communauté des Parsis (zoroastriens) du Pakistan, M. Bhandara s'est aussitôt lancé dans un lobbying de plusieurs années pour obtenir la levée de l'interdiction d'exportation.
- "Un vice tolérable" -
Jadis située dans les montagnes près d'Islamabad, l'usine en briques rouges de Murree a déménagé et se trouve à présent en face de la résidence du chef de l'armée, dans la ville jumelle de la capitale, Rawalpindi, l'un des endroits les plus surveillés du pays.
Le chiffre d'affaires a dépassé les 100 millions de dollars cette année, dont les ventes d'alcool représentent un peu plus de la moitié, le reste provenant des boissons non alcoolisées et de la fabrication de bouteilles.
Ce résultat est d'autant plus remarquable que la vente d'alcool aux musulmans est interdite, ce qui signifie que seules les minorités religieuses - environ neuf millions de personnes - et les étrangers peuvent acheter de la bière ou des spiritueux dans les quelques magasins agréés ou hôtels de luxe du pays.
Néanmoins, des millions de Pakistanais consomment aussi occasionnellement de l'alcool.
Le fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah, était connu pour apprécier les spiritueux. Et le dictateur militaire Pervez Musharraf ne cachait pas son amour pour le whisky.
Même le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, qui a annoncé l'interdiction de l'alcool en 1977 dans le but d'obtenir le soutien des partis islamistes de droite, a déclaré un jour lors d'un rassemblement: "Oui, je bois de l'alcool, mais au moins je ne bois pas le sang des pauvres".
De nos jours, il est courant de voir des bouteilles apparaître lors de dîners ou de fêtes. On trouve généralement un chrétien ou un hindou pour les acheter.
"La relation du Pakistan avec l'alcool est comme celle d'un amant secret: reconnue, mais dont on ne parle pas beaucoup. C'est un vice tolérable, condamné mais familier", souligne Fasi Zaka, chroniqueur et commentateur politique.
Cependant, nombreux sont ceux qui se procurent de l'alcool de contrebande produit localement. Et chaque année, plusieurs personnes meurent après avoir consommé de l'alcool frelaté.
- "Nouveaux marchés" -
Avant l'interdiction d'exportation, Murree vendait ses produits dans les pays voisins, l'Inde et l'Afghanistan, mais aussi dans les pays du Golfe et jusqu'aux Etats-Unis.
Murree a déjà effectué des expéditions limitées vers le Japon, la Grande-Bretagne et le Portugal afin d'explorer les canaux et les stratégies de distribution.
"Pour l'instant, l'objectif n'est pas de générer des revenus (...) mais d'explorer de nouveaux marchés", fait valoir M. Bhandara.
L'entreprise, qui a environ 2.200 employés, s'intéresse particulièrement à l'Europe, mais envisage également de se lancer sur les marchés asiatiques et africains.
La vente à l'étranger pourrait également donner à Murree l'occasion de promouvoir son histoire et sa marque d'une manière inimaginable dans son pays.
Au Pakistan "nous ne sommes pas autorisés à faire de la publicité, alors (...) nous essayons de fabriquer une bonne bière en faisant profil bas", dit M. Bhandara.
Y.Jeong--CPN