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Face à l'"incertitude aggravée" la BCE temporise sur son cap monétaire
La Banque centrale européenne n'a exclu jeudi aucune option pour l'avenir des taux directeurs, reconnaissant le degré persistant d'incertitudes en lien avec la géopolitique et les échanges commerciaux.
En raison d'une incertitude qui "n'a guère changé, et s'est même peut-être aggravée", Christine Lagarde, présidente de l'institut monétaire, a insisté devant la presse sur l'avenir incertain du cap monétaire.
"L'incertitude n’est pas une situation confortable" pour décider, a-t-elle ajouté, tranchant avec un autre élément de langage répété jeudi et qui vaut depuis juin avec la dernière baisse des taux : la BCE est "dans une bonne position" pour affronter d'éventuels chocs.
Les gardiens de l'euro ont, comme attendu, laissé les taux inchangé, celui sur les dépôts, qui sert de référence, à 2%, comme depuis juillet.
- Options "sur la table" -
Selon leur analyse, l'économie est résiliente et l'inflation est revenue dans les clous du mandat de l'institut, autour de 2%.
Pour la suite de la trajectoire monétaire, "toutes les options sont sur la table", a déclaré Mme Lagarde, précisant que c'était la position unanime des 26 membres siégeant au conseil des gouverneurs de l'institut.
Toute décision future sur les taux sera guidée par les données et chaque réunion en son temps, a-t-il encore été rappelé dans le communiqué de décisions du jour.
L'immobilisme de la BCE contraste avec la Banque d'Angleterre, qui a réduit jeudi son taux directeur d'un quart de point de pourcentage, à 3,75%, sur fond d'inflation sur le reflux.
Pour les gardiens de l'euro, les tensions géopolitiques, en particulier la "guerre injustifiée" menée par la Russie contre l'Ukraine, demeurent une source majeure d'incertitude.
Les aléas du commerce mondial affectés par les droits de douane américains pèseront aussi sur la croissance l'an prochain.
- Inflation revue en hausse -
À l'inverse, des dépenses prévues en matière de défense et d'infrastructures, associées à des réformes favorisant la productivité, pourraient doper la croissance plus que prévu, analyse l'institut.
Les risques sur l'inflation sont quant à eux équilibrés : à la baisse via le commerce - moindre activité et importations de produits peu chers de pays en surcapacités, comme la Chine - et l'euro plus fort.
A la hausse, via les tensions possibles sur les chaînes d'approvisionnement, la dynamique des salaires et le surcroît des dépenses publiques, comme en Allemagne.
La BCE a relevé jeudi ses attentes sur l'inflation pour 2026, en raison de la hausse des prix tenace dans les services et a augmenté ses prévisions de croissance pour 2026 et 2027, tirée par la demande intérieure.
L'institution de Francfort table sur une inflation de 1,9% en 2026, puis 1,8% en 2027, contre respectivement 1,7% et 1,9% en septembre, enfin 2% en 2028.
Le PIB de la zone euro devrait croître de 1,2% en 2026, 0,2 point de mieux que l'estimation de septembre. Il grimperait à 1,4% en 2027 et 2028.
Au vu de ces données le prochain mouvement de taux de la BCE sera "fort probablement une baisse", en réponse à de nouveaux chocs négatifs pour la zone euro et l'économie mondiale, commente Marcel Fratzscher, président de l'institut DIW.
Plusieurs commentateurs voient une hausse pointer à l'horizon, vers 2027, compte-tenu des prévisions de croissance et d'inflation.
Interrogée sur la course qui s'est engagée à sa succession, près de deux ans avant la fin de son mandat, Christine Lagarde y a vu "beaucoup d'excellents candidats".
Parmi eux, la membre allemande du directoire de la BCE Isabel Schnabel, dont le mandat n'est toutefois pas prolongeable, selon des analyses juridiques précédentes : "la question doit être réexaminée", a estimé Mme Lagarde.
Elle est en revanche restée inflexible sur l'aide que pourrait apporter la BCE aux pays de l'UE pour financer la reconstruction de l'Ukraine, au moment où les 27 tentent de trouver un accord sur ce sujet épineux à Bruxelles.
"Le traité interdit le financement monétaire, je ne peux donc pas approuver un tel mécanisme à l'avance", a-t-elle martelé.
O.Hansen--CPN