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Macron tarde à nommer un Premier ministre, ça coince sur un Lecornu 2
Emmanuel Macron a promis vendredi de nommer un Premier ministre "dans les prochaines heures", mais faisait face aux vetos croisés de ses propres alliés sur une reconduction du démissionnaire Sébastien Lecornu, tandis que la gauche menace toujours de censure après une réunion cruciale à l'Elysée.
"Ça parlemente" sur le nom de ce fidèle du président qui a démissionné avec fracas lundi en raison de l'explosion de son gouvernement à peine formé, rapporte un cadre centriste.
Entré dans cette réunion de crise avec les chefs de parti convoquée nuitamment avec la volonté de le "renommer", le chef de l'Etat en est "sorti avec la conviction que ce n'est pas si simple", ajoute-t-il.
"Grosse bronca contre Lecornu 2 venant du camp présidentiel", renchérit un interlocuteur régulier d'Emmanuel Macron.
- Horizons s'interroge -
Le parti Horizons de l'ex-Premier ministre Edouard Philippe menace notamment d'un "soutien sans participation", c'est-à-dire de ne plus envoyer de ministre au gouvernement, selon plusieurs sources internes, et se décidera en fonction du nom du Premier ministre.
Dans l'après-midi, au cours d'une réunion d'environ deux heures trente à huis clos, le président de la République avait confirmé qu'il nommerait un chef de gouvernement "dans les prochaines heures", selon les participants.
Mais depuis, son entourage laisse planer le doute sur le timing. D'ordinaire, une nomination d'une telle importance intervient toujours avant les journaux télévisés de 20H.
Dans la soirée, un autre nom a circulé, celui du président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ténor du parti de droite Les Républicains. Quant à la cote de Jean-Louis Borloo, ex-ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, encore haute la veille, elle semblait avoir largement faibli.
Ce ne sera pas, en tout cas, un chef de gouvernement de gauche, ont jugé l'écologiste Marine Tondelier, le socialiste Olivier Faure et le communiste Fabien Roussel, malgré leur demande conjointe d'accéder à Matignon.
Le chef de l'Etat n'a apporté "aucune réponse claire" sur les retraites ou le pouvoir d'achat, a déploré le premier secrétaire du Parti socialiste, refusant de donner une "garantie de non censure" au futur exécutif, qui était pourtant le principal enjeu de la réunion.
"Tout ça va très mal se terminer" avec une possible "dissolution" de l'Assemblée nationale, a même lancé Marine Tondelier, "sidérée".
La gauche a jugé décevantes les esquisses de concession sur la réforme des retraites, pourtant inédites dans la bouche du président qui en avait fait un totem de son second quinquennat.
Emmanuel Macron a proposé "non pas de suspendre, mais décaler dans le temps" la mesure sur l'âge de départ à la retraite et non celle sur le nombre de trimestres cotisés, a expliqué la cheffe des députés écologistes, Cyrielle Châtelain.
- "A titre d'exemple" -
Le chef de l'Etat a jugé à l'inverse à l'issue de cette rencontre qu'il existe "un chemin possible pour tisser des compromis et éviter la dissolution", a rapporté son entourage.
La majorité des députés LR sont "en faveur d'une solution pour sortir de la crise" et veulent "être responsables", a assuré, à droite, Laurent Wauquiez lors d'une réunion de groupe.
Seuls absents à cette rencontre: le Rassemblement national et la France insoumise, qui n'ont pas été conviés car, contrairement aux autres, ils "ont tous les deux indiqué rechercher la dissolution", a justifié l'entourage d'Emmanuel Macron.
Une "rupture avec (...) la fonction" présidentielle, a protesté Marine Le Pen, dénonçant "une réunion de marchands de tapis", depuis le congrès des sapeurs-pompiers organisé au Mans où elle a joué à fond la contre-programmation, suivie au milieu de la foule par les caméras des chaînes info.
- Projet de budget prêt -
En attendant, l'urgence est de déposer un projet de budget lundi. Le Parlement aura ensuite une fenêtre de 70 jours pour l'examiner, comme le prévoit la Constitution.
Il "ne sera pas parfait", avait reconnu le Premier ministre démissionnaire mercredi à l'issue de ses multiples rencontres avec les partis, et devra être débattu.
Sébastien Lecornu a recommandé à Emmanuel Macron que la future équipe gouvernementale soit "complètement déconnectée des ambitions présidentielles pour 2027", des ambitions qu'il n'a lui-même jamais manifestées.
Bruno Retailleau, qui a précipité la chute du gouvernement Lecornu, a indiqué vendredi qu'il ne resterait pas au ministère de l'Intérieur.
D.Goldberg--CPN