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"L'avenir du site est mort": chez Stellantis à Poissy, les salariés pessimistes
L'avenir "est mort", "ça va fermer", la production "va disparaître": devant l'usine automobile historique de Poissy (Yvelines), dernière à produire des voitures en Ile-de-France, les salariés de Stellantis sont convaincus de sa disparition prochaine.
Aux portiques de l'immense site, qui s'étend sur 123 hectares, des ouvriers entrent et sortent mardi à la mi-journée, au moment du changement d'équipes dans l'usine.
Sac à dos sur l'épaule, badge professionnel autour du cou, en veste de travail bleu marine, beaucoup ont le visage fermé et ne s'arrêtent pas, ou brièvement.
Trois semaines de chômage partiel ont été annoncées huit jours auparavant aux quelque 2.500 salariés de l'usine, dont 2.000 ouvriers, en raison d'un "marché difficile en Europe".
"Ça permettra de se reposer", lâche un ouvrier qui ne souhaite pas donner son nom. "L'avenir du site, il est mort", assène-t-il avant de disparaître par le tourniquet pour aller prendre son service.
C'est l'état d'esprit qui domine parmi les salariés interrogés: aucun ne croit à la survie de cette usine historique, qui fabrique des voitures en bordure de Seine depuis 1937, propriété de Peugeot depuis 1978 (avant Stellantis à partir de 2021).
- "Deux ans à tout casser" -
"C'est triste mais la production est amenée à disparaître", analyse pour l'AFP Christophe Villemer. Le jeune homme travaille pour un prestataire de Stellantis et "aura toujours du travail".
Selon lui, l'Opel Mokka, qui est pratiquement le dernier modèle fabriqué à Poissy (420 véhicules par jour), est trop chère par rapport aux SUV concurrents.
Quelques DS3 Cross Back sortent encore des deux lignes de production, mais "ça doit se compter sur les doigts de la main", selon Patrice Zahn, représentant de SUD au comité social et économique (CSE), également rencontré à l'entrée.
Il avait déjà vécu la fermeture douloureuse de l'usine PSA d'Aulnay (Seine-Saint-Denis), en 2014, après quatre mois de grève.
Patrice Zahn s'attendait à du chômage partiel, "mais on a été surpris de l'ampleur". C'est "du jamais-vu à Poissy", avait souligné Jean-Pierre Mercier, un autre représentant de SUD, au moment de l'annonce.
Le groupe, qui traverse une passe difficile, avec des ventes en recul de 9,47% en France depuis début 2025, prévoit d'arrêter de produire la Mokka - sans préciser quand - et n'a annoncé la fabrication d'aucun autre véhicule à Poissy.
"On pense qu'on en a pour un an et demi, deux ans à tout casser", prédit Patrice Zahn.
- Recherche et développement -
Les salariés viennent d'apprendre la mise à l'arrêt pour quelques jours de deux autres usines, à Sochaux (Doubs) et Mulhouse (Haut-Rhin), après des annonces similaires concernant des sites en Allemagne, Espagne, Pologne et Italie.
Quand les représentants du personnel interrogent la direction, elle leur répond, selon Patrice Zahn, qu'"on va garder de l'industrie ici, de l'activité". "Même eux, ils ne parlent plus de production de voitures."
La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse a d'ailleurs tenu des propos similaires.
Commentant en mai l'éventuelle implantation du futur stade du Paris Saint-Germain à Poissy, sur un site appartenant à Stellantis, qui inquiète les syndicats, elle disait que "ça ne peut pas être Stellantis ou le PSG, ça doit être Stellantis et le PSG".
Mais "on ne produira sans doute plus de voitures à Poissy, comme on ne produit plus de voitures à Flins", ajoutait-elle.
L'ancienne usine Renault de Flins, dans les Yvelines aussi, où étaient fabriquées des voitures entre 1952 et 2024, est désormais reconvertie dans l'économie circulaire et emploie environ 2.300 personnes.
Pour les ouvriers de Poissy, "les trois semaines de chômage partiel renforcent l'idée que ça va finir par fermer", note Patrice Zahn. "Il y a des salariés en colère, dépités ou inquiets, il y a beaucoup de rage rentrée", souligne-t-il.
Outre l'usine, Poissy héberge aussi le siège français du groupe (dont le siège social est aux Pays-Bas). Ce "campus vert" tout juste inauguré réunit "une partie des fonctions de recherche et développement, les moyens d'essais et les activités tertiaires de Stellantis, accueillant ainsi 8.200 salariés", détaille le groupe sur son site.
"Avec un énorme centre de recherche comme ça qui vient d'ouvrir, eux ne risquent rien", commente un employé souhaitant être anonyme.
Y.Ponomarenko--CPN