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Aux Etats-Unis, la police de l'immigration cristallise peurs et colères
Dans le crépuscule de Los Angeles, une cinquantaine de personnes génèrent un vacarme inhabituel à l'aide de casseroles métalliques et de cornes de brume, devant un hôtel censé abriter des agents de la police de l'immigration américaine.
Pendant des années, cette force nommée "ICE" est restée largement inconnue du grand public. Mais depuis que Donald Trump a transformé lors de son premier mandat cette agence fédérale en bras armé de sa politique anti-immigration, l'acronyme est rentré dans le langage courant aux Etats-Unis.
La manifestation arbore ainsi un slogan provocateur : "Pas de sommeil pour ICE".
"Ils terrorisent notre communauté toute la journée. Pourquoi peuvent-ils dormir tranquillement la nuit ?", confie à l'AFP Nathanael Landaverde, en frappant sur une poêle à frire.
Comme de nombreux Californiens, ce diplômé en psychologie est indigné par la vague d'interpellations musclées d'immigrés en situation irrégulière ordonnée à Los Angeles par l'administration Trump depuis début juin.
Les images des agents d'ICE, souvent masqués et parfois munis de fusils d'assaut, coursant des migrants et les menottant dans des tribunaux, des exploitations agricoles ou des lavages auto, sèment la peur et provoquent la colère.
La polémique enfle d'autant plus que la police de l'immigration interpelle parfois ces derniers jours des citoyens américains, en les accusant d'avoir fait obstruction à leur action. Cela est arrivé à Los Angeles, mais aussi à un candidat à la mairie de New York cette semaine.
"S'ils ne dorment pas, ils ne pourront pas faire leur travail efficacement. Ils attraperont moins de gens", espère M. Landaverde.
Autour de lui, des dizaines de personnes dansent dans une cacophonie assourdissante devant l'hôtel. Une femme hurle dans un mégaphone, pendant qu'un homme doté d'un casque anti-bruit diffuse des grésillements à fond sur une enceinte.
Sur le carrefour, les manifestants agitent des pancartes "Pas de repos pour ICE" et "ICE hors de Los Angeles". De nombreuses voitures klaxonnent en signe de soutien.
"Ils déchirent des familles, et c'est horrible à voir dans ma communauté. Ils ne peuvent pas dormir s'ils font ça ici", peste Juliet Austin, une professeure de 22 ans qui se déchaîne sur un petit accordéon bleu.
- "Police secrète" -
Donald Trump a été réélu en martelant sa promesse d'expulser des millions d'immigrés en situation irrégulière aux Etats-Unis.
Mais son offensive anti-migrants est loin de faire l'unanimité, dans un pays où des pans entiers de l'économie reposent sur la main d'oeuvre bon marché offerte par les sans-papiers.
Le style musclé promu par son administration fait également débat. Les agents d'ICE ont ainsi fait du port du masque une habitude, pour dissimuler leur identité. Légale, la pratique n'en est pas moins inhabituelle.
"À quel moment notre nation se retrouvera-t-elle avec une police secrète ?", s'interrogeait le mois dernier Walter Olson, chercheur au Cato Institute, un groupe de réflexion libertarien habituellement marqué à droite.
"Pour l'administration Trump, faire des descentes en masques une pratique courante s'inscrit dans un effort plus large visant à échapper à toute responsabilité pour des actions potentiellement illégales et inconstitutionnelles", dénonçait-il.
En Californie, une proposition de loi sous le mot d'ordre "pas de police secrète" vient d'être introduite au Parlement et propose d'interdire le port du masque par les forces de l'ordre, y compris les agents fédéraux.
Un projet dénoncé par l'administration Trump, qui assure que les masques sont nécessaires pour protéger les agents d'ICE d'éventuelles représailles.
L'agence bénéficie d'un soutien indéfectible du milliardaire républicain, qui a salué il y a quelques jours "l'incroyable force, la détermination et le courage" de ses agents.
Mais à Los Angeles, certains habitants promettent de ne rien céder face à ICE.
"Je pense que c'est une Gestapo moderne ici en Amérique", insiste Mme Austin, la professeure de danse.
"Cette ville n'est pas celle avec laquelle on peut jouer", estime-t-elle. "Nous ne laisserons pas cela se produire. Nous ne sommes pas fatigués."
P.Kolisnyk--CPN