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Macron et Le Pen au second tour, comme en 2017
Comme en 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront au second tour de l'élection présidentielle, avec un net avantage au président sortant crédité de 27 à 29,5% des suffrages devant la candidate du RN, donnée à 23/24% à l'issue du premier tour dimanche.
Après des mois d'une campagne atypique qui a peu mobilisé, l'abstention a été plus élevée qu'il y a cinq ans, entre 26 et 29%, selon les instituts de sondage.
Avec la troisième place de l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon (20/21%), ce scrutin confirme l'écroulement des deux partis ayant gouverné la France de la Ve République jusqu'en 2017, qui réalisent le pire score de leur histoire: Valérie Pécresse (LR) autour de 5% des suffrages et Anne Hidalgo (PS) avec 2%.
En revanche, le score du président sortant est plus élevé qu'annoncé ces derniers jours par les sondages, qui le donnaient talonné par la candidate d'extrême droite, après une campagne jugée trop courte et prudente.
Si le scénario d'un duel Macron/Le Pen était attendu depuis cinq ans, la campagne d'entre deux tours ouvre un éventail de questions sur les reports de voix dont bénéficieront l'un et l'autre le 24 avril.
Parmi elles, quel sera le choix des électeurs de Jean-Luc Mélenchon? Quel bulletin glisseront dans deux semaines les sympathisants de droite?
Et le ressort émoussé du front républicain pour faire barrage à l'extrême droite fonctionnera-t-il chez les supporters de l'écologiste Yannick Jadot (autour de 5%), du communiste Fabien Roussel (2/3%) ou encore d'Anne Hidalgo?
Mme Le Pen devrait, elle, pouvoir compter sur les voix du polémiste d'extrême droite Eric Zemmour, qui a longtemps bousculé la campagne au point de rebattre les cartes de la bataille du second tour, avant d'échouer à 6/7% dimanche.
Il y a cinq ans, un quart de l'électorat n'avait pas voulu départager M. Macron et Mme Le Pen, et quatre millions de Français, soit près d'un inscrit sur 10, avaient préféré voter blanc ou nul.
En ce dimanche ensoleillé partout dans le pays, quelque 48,7 millions d'électeurs étaient appelés à départager les 12 candidats à l'Elysée après une campagne percutée par la crise du Covid-19 puis la guerre en Ukraine.
- Macron plus fort qu'en 2017 -
Pour M. Macron, qui avait promis lors de sa victoire en 2017 de "tout" faire pour que les électeurs de Marine Le Pen "n'aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes", le résultat de dimanche est en demi-teinte avec la présence de la candidate au second tour pour la deuxième fois consécutive.
Après une succession de crises durant son mandat, il améliore cependant son score précédent (24,01% en 2017), une performance que seul François Mitterrand avait réussi à accomplir sur le chemin de la réélection en 1988.
Aiguillonné par Mme Le Pen sur la thématique du pouvoir d'achat, dans un contexte d'inflation galopante, le chef de l'Etat a haussé nettement le ton ces derniers jours face à la candidate RN, affirmant qu'elle "ment aux gens", et épinglant sa "complaisance" vis-à-vis de la Russie.
Marine Le Pen progresse par rapport au premier tour du scrutin 2017 (21,3%), au terme d'une campagne sans grande prise de risque et sans bruit. La candidate, qui a beaucoup lissé son image sans entamer la radicalité de son projet sur l'immigration et les institutions, a été recentrée par les sorties de M. Zemmour, dont la concurrence l'a au final servie malgré les doutes et défections de l'hiver.
Mais la marche reste haute pour atteindre l'Elysée, alors que sa personnalité suscite toujours l'inquiétude d'une majorité de Français (51%) et que seulement 39% d'entre eux considèrent qu'elle a l'étoffe d'une présidente de la République, loin derrière Emmanuel Macron (65%), selon la Fondation Jean-Jaurès.
Ce nouveau duel Macron - Le Pen installe en tout cas dans le paysage national un clivage qui s'était attenué lors des élections locales de 2020 et 2021, au cours desquelles LR et PS avaient fait de la résistance, et les Verts une percée.
- Mélenchon doit consulter sa base -
Réduites désormais à la portion congrue, la droite et la gauche voient leur avenir sérieusement obstrué par cette débacle historique. Pour ces formations fracturées, la survie se jouera désormais aux législatives de juin, avant d'éventuelles initiatives de refondation.
Malgré son score élevé, proche de celui de 2017 (19,58%), Jean-Luc Mélenchon, lui, n'a finalement pas réussi son défi de capitaliser sur l'argument du vote utile face à l'extrême droite pour se hisser au second tour. Pour sa troisième campagne présidentielle, le chef de file des Insoumis a toutefois réussi à prendre le leadership à gauche.
En vue du second tour, M. Mélenchon a déjà indiqué qu'il consulterait les 310.000 personnes l'ayant soutenu en ligne avant de donner une consigne, ce qui lui vaut les critiques de ses concurrents, y voyant une ambiguïté face à l'extrême droite.
Chez les Verts, Yannick Jadot plaide pour un "front républicain". L'écologiste peut déplorer ne pas avoir su transposer sur la scène nationale les succès aux municipales des Verts qui avaient raflé plusieurs grandes villes, au terme d'une campagne marquée par des dissensions internes.
Fabien Roussel, Jean Lassalle (autour de 3%), le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan (1/2%), le candidat anticapitaliste Philippe Poutou (autour de 1%) ou encore la cheffe de file de Lutte ouvrière Nathalie Arthaud (moins de 1%), contenus sous la barre des 5%, devront se contenter de modestes remboursements pour leur campagne.
P.Schmidt--CPN