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Face à la trêve au Yémen, la population "fatiguée" entre espoir et désillusion
A Hodeida, une ville portuaire stratégique du Yémen, les habitants espèrent que la trêve récente permettra un répit dans ce pays en guerre depuis plus de sept ans. Mais beaucoup restent prudents, éprouvés par l'un des pires drames humanitaires au monde.
"Si elle échoue, alors ce sera fini de notre dernier espoir", résume auprès de l'AFP Maha Hamid, une enseignante de 44 ans qui n'a pas reçu de salaire régulier "depuis cinq ans" dans cette ville de l'ouest du Yémen.
"La situation humanitaire est effrayante et catastrophique. Et les deux camps le savent", dit-elle.
Depuis que les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran, se sont emparés de la capitale Sanaa en 2014, les soldats du gouvernement leur livrent une guerre sans fin, et meurtrière. Dès 2015, la guerre a connu un tournant avec l'intervention d'une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite et comprenant les Emirats arabes unis, pour appuyer les forces loyalistes.
Le conflit a provoqué l'une des pires tragédies humanitaires au monde, tuant des centaines de milliers de personnes et forçant des millions d'autres à quitter leurs maisons.
Isolés du reste du monde, les Yéménites sont confrontés à une faim aiguë, parfois proche de la famine, et dépendent à 80% de l'aide internationale.
- "Frustrant" -
Samedi, premier jour du mois de jeûne musulman du ramadan, l'entrée en vigueur d'une trêve nationale de deux mois, négociée par l'ONU, a fait naître une lueur d'espoir dans le pays, le plus pauvre de la péninsule arabique.
Mais dès mardi, le gouvernement et les Houthis se sont mutuellement accusés d'avoir repris les hostilités. Le précédent cessez-le-feu, datant de 2016, avait été violé immédiatement après son entrée en vigueur. Depuis 2018, un accord pour faire cesser les hostilités à Hodeida est régulièrement ignoré par les combattants.
Dans ce port situé au bord de la mer Rouge et aux mains des rebelles, Safaa Mohammed aussi ne se fait guère d'illusions.
Les belligérants "ne vivent pas les difficultés que nous traversons, voilà pourquoi la trêve est fragile. Je ne fais confiance à aucun (d'entre eux), mais nous sommes fatigués", confie à l'AFP cette étudiante en décoration d'intérieur.
Elle veut pourtant y croire. "Même les plus pessimistes souhaitent que la trêve fonctionne et leur donne tort", explique-t-elle. Le retour des violences est "extrêmement frustrant".
Sur Twitter, le ministre yéménite des Affaires étrangères, Ahmed ben Moubarak, a accusé les Houthis de "violations" du cessez-le-feu, évoquant "des mobilisations de troupes et de véhicules, des tirs d'artillerie et des attaques de drones".
De leur côté, les médias affiliés aux rebelles ont rapporté des "violations" de la trêve de la part des troupes progouvernementales dimanche et lundi.
- "Optimiste" -
Outre la suspension des combats, la trêve prévoit la reprise de deux vols commerciaux hebdomadaires à destination et en provenance de Sanaa, ainsi que l'entrée de 18 navires transportant du carburant au port de Hodeida, deux zones contrôlées par les rebelles.
La coalition saoudienne, qui contrôle tout l'espace aérien et maritime du Yémen, est régulièrement accusée par les Houthis de maintenir un "blocus" sur ce pays.
A Sanaa, Moujahed Salah non plus n'a pas beaucoup d'espoir. "Cette trêve, va échouer comme celles qui l'ont précédées. Et le plus grand perdant sera le Yéménite ordinaire", déplore cet homme de 43 ans, salarié dans une entreprise privée.
Même si les armes venaient à se taire, même si le pays s'ouvrait enfin au monde extérieur, M. Salah regrette que la grave crise économique, préoccupation majeure de la population, n'ait pas été abordée lors des négociations pour la trêve.
"Alors que les prix augmentent chaque jour", soupire-t-il.
Jeune étudiant, Amjad Yahya se dit lui "optimiste", notamment avec la réouverture de l'aéroport de Sanaa et des ports de Hodeida. "C'est important pour l'économie du pays et la baisse des prix des denrées alimentaires", assure-t-il à l'AFP.
La trêve intervient au moment où l'inflation explose, sur fond d'étiolement des financements de l'aide internationale. Le Yémen voit sa sécurité alimentaire menacée par une autre guerre, celle en Ukraine, pays lui fournissant près d'un tiers de son approvisionnement en blé.
Y.Jeong--CPN