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Dans les Landes, "pas d'Ehpad au rabais", malgré la pénurie de soignants
Dans les Landes, département qui défend farouchement depuis 30 ans une gestion sociale et publique du grand âge, "pas d'Ehpad au rabais" : cette politique volontariste se heurte néanmoins, comme ailleurs, à la pénurie de soignants.
Au regard du scandale actuel qui secoue les Ehpad du secteur privé accusés de maltraitance envers les aînés, l'établissement Lucienne Montot-Ponsolle de Tarnos, dans le sud-ouest du département, pourrait être érigé en modèle.
Situé non loin de l'océan, l'Ehpad qui date des années 90, a été progressivement rénové.
Des jeux ont été récemment installés sous la pergola pour accueillir les bambins de la crèche voisine, près du nouveau terrain de boules.
Et dans les chambres couleur pastel, des rails fixés au plafond facilitent depuis peu les manipulations des résidents.
"Ici, on nous traite dignement. Tout est propre, les lieux comme les vieux !", sourit Marie Sanchez, 96 ans, les cheveux coupés courts et un foulard fleuri sur les épaules.
Tout en participant à l'activité de pliage des bavoirs des classes de maternelle, cette ancienne femme de ménage vante "le personnel serviable" et "l'ambiance familiale".
"Les Ehpad où l'on paye très cher, c'est certainement pas mieux qu'ici", estime la vieille dame tout en caressant la main d'une animatrice.
Pour régler le montant de l'hébergement à hauteur de 2.087 euros, pile dans la moyenne nationale, elle bénéficie comme tous les pensionnaires de l'allocation personnalisée d'autonomie versée par le Département.
Car dans la soixantaine d'Ehpads que comptent les Landes - tous publics ou associatifs à but non lucratif, à une exception près- , toutes les places sont habilitées à l'aide sociale.
Un choix politique hérité de la mandature de l'ancien président socialiste Henri Emmanuelli, décédé en 2017.
Ce farouche défenseur du service public refusa trois décennies durant d'accorder des agréments aux organismes privés.
"On considère que tous les moyens doivent être investis localement et ne pas rémunérer les dividendes des actionnaires de ces grands groupes", explique le président PS du Département Xavier Fortinon, qui lui a succédé.
- "Jongler avec les remplacements" -
Et pour maintenir des tarifs modérés - "20 à 30 % moins chers que la moyenne nationale" avec un loyer médian autour de 1.800 euros -, le conseil départemental contribue à la rénovation des établissements, pour éviter que ceux-ci ne s'endettent trop lourdement.
Une politique volontariste qui implique que le territoire consacre "10 % de son budget" au service des seniors, "soit environ 55 millions d'euros par an", selon l'élu, somme financée notamment par les importants droits de mutations perçus lors de transactions immobilières.
Ici pas de rationnement en vigueur, assure-t-on. "Ce ne sont pas des Ehpad au rabais!", insiste Mathieu Henry, président de l'Association des Directeurs d'Ehpad des Landes.
"C'est la gestion qui diffère. Cela nous oblige à être précautionneux au centime près. On ne va pas installer des systèmes de balnéothérapie dernier cri", ajoute-t-il.
Ces deux dernières années, le taux d'encadrement a bien été revu à la hausse avec un ratio équivalent temps plein par pensionnaire supérieur à la moyenne nationale, de 0,8 contre 0,6.
Mais le nombre de postes de soignants, dépendants de l'Agence Régionale de Santé, demeure lui en sous-effectif.
"On vit encore des moments très difficiles", assure le directeur de l'Ehpad de Tarnos, Jérôme Barriez, "si on ne recrute pas très vite, on va droit dans le mur".
Dans son établissement qui compte une centaine d'agents pour 71 résidents, le taux d'absentéisme tous métiers confondus (liés notamment aux accidents du travail et troubles squeletto-musculaires) est de 15%.
"C'est une course perpétuelle pour remplacer le personnel absent. Le planning nous bouffe le cerveau", abonde ce directeur très investi, qui doit notamment jongler avec les remplacements d'aides-soignantes, d'infirmières et doit prochainement recruter un médecin coordinateur et un ergothérapeute.
Impossible selon lui de recruter. "On ne reçoit aucun CV et on doit avoir recours à l'intérim, ce qui nous coûte très cher. Si on continue ainsi, on court à la ruine", prévient-t-il.
Les prochaines échéances électorales seront déterminantes. "Seule une future loi grand âge ambitieuse et innovante nous permettra d'aller vers des Ehpads dignes et bien traitants", selon lui.
X.Cheung--CPN