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Grippe aviaire: la détresse des éleveurs vendéens face au "désastre"
Après avoir ramassé les cadavres de ses 18.000 volailles, Christian Drouin, éleveur vendéen, s'est "allongé dans le noir". Touché par la grippe aviaire qui ravage les élevages du département, il a dû tuer lui-même son cheptel.
"Aucune équipe d'euthanasie n'était disponible, trop de sollicitations", explique cet éleveur installé aux Essarts-en-Bocage, au centre de la Vendée, cheveux gris en bataille et cernes sous les yeux.
Pour éviter de voir ses bêtes "mourir à petit feu", l'agriculteur s'est résigné, sur consigne du vétérinaire, à "couper la ventilation" afin de les tuer, plus vite, par asphyxie.
"On a ramassé les poulets le lendemain, avec les voisins. On les a enterrés sur un champ, à côté, dans un trou qu'on a scellé à la chaux", raconte-il à l'AFP.
Un hydrogéologue était venu au préalable valider l'emplacement de la fosse.
"Après ça, je me suis allongé dans le noir, abasourdi par ce que j'avais fait", poursuit Christian Drouin.
Son plus proche voisin aussi a perdu tous ses poulets. "Il est venu me voir, il a pleuré. J'ai peur pour lui."
473 foyers de grippe aviaire ont été recensés dans le département, selon les chiffres du ministère de l'Agriculture publiés vendredi.
En quelques semaines, la Vendée s'est retrouvée plus lourdement affectée que les Landes (231 cas), fief du canard régulièrement touché par la grippe aviaire depuis 2015.
- "Sale boulot" -
Claire (prénom modifié), éleveuse dans les environs de La Roche-sur-Yon, a vu ses volailles contaminées "mourir par dizaines".
"On a fini par couper la distribution d'aliment et de ventilation. On a passé une nuit blanche. C'était impossible de dormir en sachant ce qui se passait dans nos bâtiments. (Le lendemain) on a découvert un sol jonché de cadavres", raconte-t-elle.
Mais la méthode ne s'avère pas aussi efficace qu'espéré : "Il a fallu finir de tuer nos poulets. En évitant le plus possible le contact avec l'animal".
En règle générale, les volailles sont euthanasiées individuellement par un vétérinaire ou collectivement dans des caissons remplis de gaz carbonique, avant d'être transportées à l'équarrissage.
Interrogé mardi sur l'abattage par asphyxie lors d'un déplacement en Vendée, le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie avait invité à "ne pas faire de quelques cas des généralités", tout en reconnaissant que cette solution peut être autorisée "dans certains cas", par dérogation.
"Les services de l'Etat sont dépassés. Il revient aux éleveurs de faire le sale boulot", dénonce de son côté Pascal Sachot, porte-parole de la Confédération paysanne en Vendée.
Eleveur à Sèvremont, dans l'est du département, il a sur son exploitation trois bâtiments pouvant accueillir chacun jusqu'à 4.500 poulets. Depuis début mars, il en ouvre chaque matin les portes avec "la boule au ventre", craignant d'y trouver des animaux fiévreux.
- "Crève-coeur" -
Pour endiguer l'épizootie, les autorités s'apprêtent à vider les élevages, animaux sains y compris.
Un dépeuplement "nécessaire" pour repartir sur des "bases saines" selon le président de la Chambre d'agriculture de Vendée, Joël Limouzin.
Mais un "crève-coeur" pour les éleveurs qui voient leurs bêtes saines partir prématurément à l'abattoir, se désole Benoît Aubineau, agriculteur à Foussais-Payré et membre du groupe "Sauve qui poule - Poitou", qui réunit des petits producteurs plein-air de Vendée et des Deux-Sèvres.
Ces dernières temps, la discussion WhatsApp du collectif déborde de messages.
"On est passé de 10 à 70 membres en quelques semaines. Il y a un vrai besoin de ne pas être seul", souligne Benoît Aubineau.
Epargnée par la grippe aviaire pour le moment, Cécile Charrier, agricultrice à la Roche-sur-Yon, veille à prendre des nouvelles de ses voisins malheureux.
"On passe des coups de fil pour vérifier que chacun garde le moral." Elle ajoute: "Au milieu du désastre, il faut se serrer les coudes".
C.Peyronnet--CPN