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En Chine, une école pour robots en quête de débouchés commerciaux
Dans l'est de la Chine, Wuji présente avec de grands gestes une école destinée à former la main d'oeuvre de demain: des robots, à l'image de Wuji, elle-même machine humanoïde.
L'engouement grandit en Chine pour la robotique, nouvel horizon de l'intelligence artificielle (IA), suscitant l'enthousiasme des investisseurs et les craintes des Etats-Unis.
Des centaines d'entreprises sont réunies mercredi à une conférence internationale à Pékin, le jour où le géant Unitree fait une entrée attendue en Bourse, mais cet emballement est un pari.
A l'école des robots de Hangzhou, l'humanoïde Wuji, de Unitree, se décrit d'ailleurs comme "stagiaire". "Je suis encore en formation, donc je suis un peu nerveuse", explique la machine d'une voix féminine.
Unitree reconnaît dans un prospectus un déploiement commercial encore "incertain, avec un risque que les progrès ne soient pas à la hauteur des attentes".
Pour les experts, les entreprises sont encore loin de leur objectif ultime, à savoir créer une machine capable de réagir de manière autonome à n'importe quelle situation imprévisible.
"Entraîner le +cerveau+ (d'un robot) est une tâche très difficile", explique à l'AFP Zhu Tianle, ingénieur à l'école des robots.
"Le défi va bien au-delà de simplement implanter une IA dans un robot", assure Lian Jye Su, du groupe Omdia. "En tant que consommateur, vous vous dites peut-être: +Mes parents peuvent déjà parler à ChatGPT, donc un robot pourra sans doute bientôt s'occuper d'eux+. La vérité, c'est qu'on est extrêmement loin de cet avenir".
- Applications concrètes -
"La prochaine étape pour ce secteur ne consistera pas tant à démontrer qu'un robot peut marcher qu'à prouver qu'il est capable d'effectuer des tâches utiles sur le plan économique", déclare Kangyuxiao Li, de Morningstar.
C'est l'objectif de l'école des robots de Hangzhou, gérée par l'université du Zhejiang (ZJU), pour aider les entreprises à "progresser vers des applications concrètes", indique Zhao Han, directeur adjoint de l'institut à l'origine de cet établissement.
Lors de sa visite au début du mois d'août, l'AFP n'a pas vu beaucoup de robots "étudiants", mais la taille de la classe trahit un objectif ambitieux.
Les entreprises peuvent inscrire des robots, qui sont évalués et reçoivent une formation adaptée à leur "futur rôle sur leur lieu de travail".
A la fin, l'école délivre un certificat attestant de la capacité de la machine à remplir une fonction spécifique, "un peu comme un diplôme pour un humain", selon M. Zhao.
Si les robots s'immiscent dans le quotidien (ménage à domicile, usines, régulation du trafic), leur déploiement requiert des dizaines de milliers d'heures de données pour capturer les gestes humains.
Dans une entreprise chinoise dédiée à l'entraînement des machines et également visitée par l'AFP, des humains répètent la même tâche en boucle - plier des vêtements, déplacer des objets, ou vaporiser une bombe aérosol - une manette en main, tandis qu'un humanoïde reproduit les actions.
- Course mondiale -
Pékin accélère les avancées, encourageant le développement du secteur dans ses deux derniers plans quinquennaux.
Un volontarisme remarqué par Washington, qui a interdit en juillet les importations de robots humanoïdes et quadrupèdes étrangers, officiellement pour des raisons de sécurité nationale. De quoi ouvrir un nouveau front dans la guerre technologique entre les deux pays.
La Chine domine sur la production, l'intégration de sa chaîne d'approvisionnement et la compétitivité, mais les Etats-Unis sont "bien plus forts" dans les logiciels et la recherche de pointe, estime Ethan Qi, de Counterpoint Research, autre société d'analyse.
Les principaux exportateurs touchés par les interdictions américaines - Unitree, UBTECH et Agibot - n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.
"J'ai l'impression que les entreprises sont trop occupées à rechercher la prochaine avancée technique et à déterminer ce qui est réellement viable sur le plan commercial pour consacrer beaucoup de temps aux marchés étrangers", tempère Rui Ma, fondatrice de la newsletter Tech Buzz China.
La Chine détient plus de 90% du marché des robots humanoïdes, selon Counterpoint.
Le danger est davantage d'ordre existentiel, pour M. Su d'Omdia.
"La valorisation de toutes ces entreprises repose sur le fait que ces robots deviendront, à un moment donné, polyvalents et semblables à l'humain", analyse-t-il. "Ne pas y parvenir constituerait un gros coup dur".
L.Peeters--CPN