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Dans l'est du Tchad, le "cruel" manque d'eau, source de conflits
Dans l'est désertique du Tchad, les habitants souffrent d'un "besoin cruel en eau", véritable source de conflits entre communautés. A Abéché, deuxième ville du pays, la croissance démographique et l'urbanisation rapide accentuent ce problème.
"Nous ne connaissons pas encore l'eau du robinet", affirme à l'AFP Kadidja, habitante d'Abéché, dont la population est estimée à plus de 500.000 habitants par les autorités locales.
Dans certaines parties de la ville, un système de distribution d'eau fonctionne, mais de façon aléatoire. "A certaines heures de la journée, l'eau ne coule pas dans le robinet, c'est tard dans la nuit que le débit revient", explique Issa Mahamat, commerçant.
Face à la pénurie structurelle, aggravée par une croissance démographique rapide et une importante extension du tissu urbain, les autorités cherchent à rattraper leur retard.
"Il n'y a pas d'eau potable depuis plusieurs années. Dieu merci, avec le nouveau château d'eau installé dans notre quartier, nous sommes désormais soulagés et l'eau coule abondamment", se réjouit Ahmed Youssouf, habitant du quartier Chiteye.
- "Besoin cruel en eau" -
En 2019, le gouvernement a initié un projet à Bitéha, situé à 35 km d'Abéché, où plusieurs forages permettent de capter les eaux souterraines, alimentant deux châteaux installés en ville.
"La population a un besoin cruel en eau, le projet Bitéha 2 vient accroître la production et répondre ainsi aux besoins des ménages", a justifié Bakhit Diki Barkaï, chef de ce projet.
"Même si le problème de la pénurie n'a pas été résolu totalement, la situation est maîtrisée", a indiqué le chef de projet.
"Il y a cinq ans, la pénurie d'eau s'aggravait en période de canicule. Mais depuis trois ans, la situation a sensiblement changé et d'ici la fin de l'année, nous atteindrons notre objectif de produire 25.000 mètres cubes et on ne parlera plus de pénurie à Abéché", espère-t-il.
Ces nouvelles infrastructures demeurent insuffisantes pour alimenter l'ensemble des habitants.
Dans certains quartiers reculés d'Abéché et dans les zones rurales environnantes, nombreux sont ceux qui sont toujours privés d'eau et contraints d'aller la puiser eux-mêmes, parfois loin de leur domicile.
Sur le bord d'une piste en terre rougeâtre à Abéché, des femmes vêtues de grands voiles colorés, de retour du puits, transportent des bidons d'eau sous un soleil brûlant, a constaté un correspondant de l'AFP.
Pour Nour Saleh Haggar, secrétaire général du ministère tchadien de l'Eau et de l’Énergie interrogé par l'AFP, "il faut investir davantage dans les infrastructures d'eau potable, de stockage tel que les barrages, les seuils d'épandage, pour pouvoir subvenir aux besoins du bétail, de la population, mais aussi de l'agriculture".
- Partage des ressources -
Les inégalités entre zones urbaines et zones rurales en termes d'accès à l'eau demeurent importantes dans ce grand pays d'Afrique centrale, et la question du partage des ressources peut être source de conflits. Selon les Nations unies, moins de 10% des ménages du pays avaient accès à une eau courante saine et en continu en 2024.
"Lorsque l'eau se retire ou manque, la pauvreté avance à grands pas, les hommes et le bétail souffrent, les conflits se multiplient", a déclaré à ce sujet le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno, lors d'un forum international sur l'eau à N'Djaména le 15 juillet.
Le Tchad, considéré par l'ONU comme l'un des pays africains les plus vulnérables au changement climatique, est fréquemment affecté par des épisodes de violences intercommunautaires, notamment dans certaines zones rurales où les conflits liés aux terres, au bétail et à l'accès à l'eau prennent parfois une tournure meurtrière.
Fin avril, dans la province du Wadi Fira, une dispute autour d'un puits d'eau a ainsi dégénéré et fait 42 morts et 10 blessés.
En novembre 2025, un autre différend concernant l'accès à un puits d'eau avait fait 33 morts dans la province de Hadjer-Lamis, dans le centre du Tchad.
Les ONG locales et internationales alertent régulièrement sur le manque d'investissements dans les infrastructures de production et de distribution d'eau potable à travers le pays, particulièrement dans les zones rurales où vit plus de 70% de la population.
H.Cho--CPN