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Canada: après les excuses, le pape sur les lieux d'un pélerinage sacré pour les autochtones
Après les excuses, le parcours de "guérison" pour un "nouveau départ": le pape François est de nouveau allé mardi à la rencontre des autochtones canadiens sur un lieu de pèlerinage majeur de ces communautés.
Le souverain pontife, qui a fait lundi des excuses historiques pour le mal causé aux autochtones, a également appelé l'Eglise à préférer "la vérité" à la "défense de l'institution" lors de ce déplacement au lac Sainte-Anne, dans l'Ouest du Canada.
Ce voyage de six jours dans le pays, présenté comme un "pélerinage pénitentiel", est largement consacré à ces populations autochtones, marquées par des décennies de politique d'assimilation forcée et notamment par le système des pensionnats pour enfants en place pendant des décennies, majoritairement aux mains de l'Eglise catholique.
Lors de son discours devant 10.000 personnes, le pape a insisté sur la notion de "guérison", confiant à Dieu "les traumatismes des violences subies par nos frères et sœurs autochtones".
"En ce lieu béni, où règnent l'harmonie et la paix, nous te présentons les disharmonies de notre histoire, les effets terribles de la colonisation, la douleur inextinguible de tant de familles, de grands-parents et d'enfants. Aide-nous à guérir de nos blessures", a-t-il déclaré.
Dans la foule, qui l'a acclamé dès qu'il est apparu, de nombreux participants portaient le t-shirt orange des survivants des pensionnats, d'autres des habits traditionnels autochtones aux couleurs vives, avec une coiffe de plumes pour les chefs.
Arrivé en fauteuil roulant au son des tambours et des chants traditionnels, le chef spirituel des 1,3 milliard de catholiques, qui est apparu affaibli par ses douleurs au genou, a longuement salué les personnes présentes, s'arrêtant pour bénir et embrasser des bébés.
Il s'est ensuite recueilli en silence quelques instants sur les rives du lac, avant de bénir son eau dans laquelle les pèlerins se baignent chaque année pour ses vertus guérissantes.
- "Marginalisation" -
Quelques heures auparavant, le pape avait célébré sa première messe publique du voyage devant 50.000 personnes au Commonwealth Stadium d'Edmonton (Alberta), insistant sur la place des aînés, chers aux peuples amérindiens.
Et lors de son homélie prononcée en espagnol, il a prié pour "un avenir où l'histoire de violence et de marginalisation subie par nos frères et sœurs autochtones ne se répète pour personne".
Lundi, François avait demandé "pardon" aux populations amérindiennes du Canada et reconnu la responsabilité de certains membres de l'Eglise dans le système des pensionnats, où "les enfants ont subi des abus physiques et verbaux, psychologiques et spirituels".
Les paroles du souverain pontife étaient attendues depuis des années par ces peuples -- Premières nations, Métis et Inuits -- qui représentent aujourd'hui 5% de la population canadienne.
"C'est un événement historique, ça ne se reproduira plus de mon vivant" mais "il faudra encore beaucoup de guérison", confie à l'AFP David Henderson, 70 ans, de la communauté des Premières Nations du Manitoba.
Henry Swampy, membre des Premières Nations de Sagkeeng, s'est dit "déçu" que le pape ne se soit pas exprimé en anglais. "Quand je suis allé au pensionnat, on m'interdisait de parler ma langue, je devais parler anglais. Il aurait dû apprendre à s'excuser dans notre langue, ce n'est pas difficile de dire le mot +désolé+", regrette-t-il.
Le douloureux chapitre des "écoles résidentielles" pour enfants autochtones a fait au moins 6.000 morts entre la fin du 19e siècle et les années 1990, créant un profond traumatisme sur plusieurs générations.
En avril, le pape avait pour la première fois présenté ses excuses depuis le Vatican pour le rôle joué par l'Eglise dans les 130 pensionnats, où quelque 150.000 enfants ont été enrôlés de force.
Pour de nombreux autochtones, c'est la découverte de plus de 1.300 sépultures anonymes l'an passé près de plusieurs pensionnats qui a poussé le pape et l'Eglise à accepter de présenter des excuses refusées pendant des années.
Le voyage du pape se poursuivra mercredi avec une étape de deux jours à Québec. Avant de repartir à Rome, il se rendra vendredi à Iqaluit, dans l'archipel arctique à la rencontre des populations inuites.
P.Petrenko--CPN