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Afghanistan: les filles "heureuses" de leur retour au collège et au lycée
Des filles "heureuses" ont repris le chemin du lycée mercredi matin à Kaboul, la capitale de l'Afghanistan, après la décision des talibans de rouvrir l'école secondaire aux filles dans le pays, plus de sept mois après l'arrivée au pouvoir des islamistes qui ont fortement restreint les droits des femmes à l'éducation et au travail.
Vers 07H00 (02H30 GMT), plusieurs centaines d'élèves se pressaient à l'entrée du lycée Zarghona pour filles, l'un des plus grands établissements de ce type de la capitale, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Vêtues d'abayas noires ou colorées -- un large vêtement couvrant tout le corps -- ou de longs manteaux, avec un foulard souvent blanc couvrant leur tête, le bas du visage caché par un masque sanitaire, les adolescentes franchissaient la grande porte bleue du lycée.
"Quand je suis arrivée, j'ai vu que les portes de l'école étaient ouvertes et que toutes les élèves venaient, cela m'a rendue très heureuse, et puis je suis venue saluer mes professeurs", se réjouit auprès de l'AFP Sadaf, élève de 16 ans dans ce lycée.
"Nous pensions que nous n'aurions peut-être aucun progrès pour notre avenir. Pendant ces huit derniers mois, nous étions à la maison et nous avons essayé d'étudier nos livres. J'espère qu'avec l'Emirat islamique (nom du régime taliban), il y aura peut-être plus de développement", ajoute l'adolescente qui veut devenir médecin.
Nazanim, 16 ans, élève de seconde du même lycée, dit avoir été "triste" de ne pas pouvoir aller en cours ces derniers mois. "Nous avons espéré, nous avons toujours eu de l'espoir (...), et nous remercions l'Emirat islamique de nous avoir permis de revenir à l'école", ajoute-t-elle.
Vers 09H00 (4H30 GMT), dans une classe d'une quinzaine d'élèves de première, attentives, la professeure débute devant un tableau blanc un cours sur les lois de Mendel et les principes de l'hérédité biologique, à travers la transmission de sept caractéristiques différentes du petit pois, a constaté une journalistes de l'AFP.
Des écoles dans d'autres provinces ont aussi ouvert dans la matinée, comme dans le Panchir (Nord-est), à Kunduz (Nord) ou Hérat (Sud-Ouest).
"Aujourd'hui c'est une très belle journée", dit Marjan, élève de première au lycée Gawharshad d'Hérat.
- "Affectées psychologiquement" -
"L'année dernière toutes les élèves ont été affectées psychologiquement, nous ne voulons vraiment pas que cela se répète. Maintenant il n'y a plus de restriction (à aller en classe), j'espère que cela va continuer cette année", ajoute la jeune fille.
La même joie était partagée par Latifa Hamdard, principale du lycée.
"Nous sommes très heureux d'avoir commencé la nouvelle année scolaire (...) Toutes les élèves sont très excitées et toutes viennent avec joie à l'école", se réjouit-elle.
Cette rentrée des filles dans le secondaire suit celle des garçons, et des filles mais uniquement dans le primaire, qui avaient eux été autorisés à reprendre les cours deux mois après la prise de Kaboul par les talibans, en août dernier.
La communauté internationale a fait du droit à l'éducation pour tous une pierre d'achoppement dans les négociations sur l'aide et la reconnaissance du régime des islamistes fondamentalistes. Plusieurs pays et des organisations ont proposé de rémunérer les enseignants.
Le ministère de l'Éducation a annoncé la reprise des cours mercredi pour les filles dans plusieurs provinces, mais celles de la région de Kandahar (Sud), berceau des talibans, ne rouvriront que le mois prochain. Aucune raison n'a été donnée à ce délai.
"Nous ne rouvrons pas les écoles pour faire plaisir à la communauté internationale, ni pour gagner la reconnaissance du monde", a assuré à l'AFP Aziz Ahmad Rayan, porte-parole du ministère.
"Nous le faisons dans le cadre de notre responsabilité de fournir une éducation et des structures éducatives à nos élèves", a-t-il ajouté.
Les talibans avaient insisté sur le fait qu'ils voulaient prendre le temps afin de s'assurer que les filles âgées de 12 à 19 ans seraient bien séparées des garçons, et que les établissements fonctionneraient selon les principes islamiques.
En sept mois de gouvernance, les talibans ont imposé une multitude de restrictions aux femmes. Elles sont exclues de nombreux emplois publics, contrôlées sur la façon de s'habiller et interdites de voyager seules en dehors de leur ville.
Les islamistes ont aussi arrêté et détenu plusieurs militantes qui avaient manifesté pour les droits des femmes.
Malgré la réouverture des écoles, de nombreuses familles se méfient toujours des talibans et hésitent à laisser leurs filles sortir.
D'autres voient peu d'intérêt à ce qu'elles fassent des études.
"Des filles qui ont terminé leurs études se sont retrouvées à la maison, et leur avenir est incertain", regrette Heela Haya, 20 ans, qui a décidé d'arrêter l'école.
"Quel sera notre avenir ?", s'interroge la jeune femme.
En raison de la pauvreté ou des conflits qui ont miné le pays, les élèves afghans ont souvent manqué des pans entiers de l'année scolaire. Certains poursuivent leur scolarité jusqu'à l'adolescence ou leurs vingt ans.
L'organisation Human Rights Watch s'interroge aussi sur la motivation des filles à étudier.
"Pourquoi vous et votre famille feriez-vous d'énormes sacrifices pour étudier si vous ne pouvez jamais avoir la carrière dont vous rêviez?", questionne Sahar Fetrat, chercheuse assistante à HRW.
C.Smith--CPN