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Dette : le taux d'emprunt de la France à dix ans au plus haut depuis 2002
La France a brièvement emprunté mercredi à un taux de plus de 5 % sur dix ans, du jamais-vu depuis 2002, les violences du weekend ayant renforcé les doutes des investisseurs sur la capacité du pays à redresser ses comptes.
Le taux d'intérêt exigé par les marchés pour prêter à l'État français à échéance dix ans a atteint 5,002% vers 11H05 (heure de Paris), avant de légèrement reculer. Il atteignait 4,95 % vers 15H10.
"Il y a une défiance assez nette" envers la France, a expliqué à l'AFP Andrea Tueni, responsable des activités de marché chez Saxo Banque France.
Après avoir atteint 1,53 point mardi soir, l'écart avec le taux d'emprunt à dix ans de l'Allemagne, qui est considérée comme l'emprunteur le plus sûr d'Europe, a atteint 1,59 point de pourcentage vers 11H00, touchant un plus haut depuis 2011, alors en pleine crise de la dette en zone euro.
Cet indicateur, baptisé "spread" dans le jargon financier, mesure la méfiance des investisseurs. Plus il est élevé, plus la France paie cher pour se financer par rapport à l'Allemagne.
La France emprunte même à un taux nettement plus cher que l'Italie (4,58 % vers 12H30) et l'Espagne (4,06 %), deux pays longtemps considérés comme faisant partie des maillons faibles de la zone euro.
"La consolidation budgétaire est la seule voie et l'unique réponse crédible aux marchés. Nous n'en dévierons pas", a réagi le ministère français de l’Économie, sollicité par l'AFP.
"Le contexte financier international nous oblige. Plus que jamais notre objectif de déficit à 5 % (en 2027) demeure inchangé et intangible", a-t-il ajouté.
- La "réputation de la France" abîmée -
Pour Andrea Tueni, "deux facteurs expliquent cette hausse. Il y a d'abord la situation sur les prix de l'énergie, qui pousse l'inflation vers le haut, ce qui a un impact sur les politiques monétaires des banques centrales".
Face à une inflation qui s'accélère, les investisseurs s'attendent en effet à ce que la Banque centrale européenne (BCE) relève ses taux, ce qui augmente par répercussion l'ensemble des taux d'emprunt.
"La deuxième explication est plus franco-française, avec la situation sur la politique et le déficit, et surtout avec des échéances assez compliquées pour le pays", a poursuivi l'analyste.
"Il y a le vote du budget avant la fin de l'année et la présidentielle" au printemps 2027, "qui ajoutent une incertitude propre à la France et qui expliquent l'écart avec les autres pays de la zone euro", a-t-il expliqué.
Le 1er octobre, le taux français avait frôlé les 5 %, à 4,96 % en séance, avant de finalement retomber à 4,92 % à la clôture, après la présentation du projet de budget du gouvernement pour 2027. Ce texte prévoit 43 milliards d'euros d'efforts nouveaux pour ramener le déficit public à 5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2027.
Mais l'atteinte d'un compromis paraît difficile dans un Parlement très divisé, d'autant que les pillages et les dégradations survenus samedi et dimanche, en marge de la mobilisation nationale pour le pouvoir d'achat, ont accentué les craintes.
"Les manifestations et les violences récentes renforcent les doutes sur la capacité de tout gouvernement à mettre en œuvre les économies nécessaires", a expliqué Timothée Pubellier, gérant obligataire chez Ostrum AM.
"Sur le plan international, les émeutes de ce weekend ont porté atteinte à la réputation de la France", a souligné Mike O'Sullivan, chef économiste de Moonfare auprès de l'AFP.
Faute de visibilité politique et budgétaire en France, il n'y a "pas de raison apparente" pour que la flambée de taux "se calme", a estimé Andrea Tueni.
Même pessimisme du côté de la banque suisse UBP, qui considère qu'il y a "peu de chances d'un assainissement budgétaire réaliste en France avant l'élection présidentielle de mai 2027".
"La situation pourrait encore se dégrader avant de s'améliorer", jugent aussi les analystes d'UBP.
Prochain test pour la dette française : l'agence Moody's doit réexaminer vendredi la note de la France. Elle la classe actuellement Aa3, dernier cran de la catégorie "haute qualité", avec une perspective négative, ce qui signifie qu'elle envisage de l'abaisser. Or, une note plus basse pourrait encore renchérir le coût de la dette.
H.Cho--CPN