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Exosens affûte sa vue face aux drones et vise les microréacteurs nucléaires américains
Voir un drone avant qu'il ne frappe : le français Exosens, l'un des leaders mondiaux des technologies qui détectent l'invisible, multiplie les acquisitions et accélère la production de caméras infrarouges, porté par l'envolée de la demande militaire.
Sur le plateau de Saclay, au sud de Paris, pôle scientifique et technologique qui accueille laboratoires, universités et entreprises de haute technologie, un technicien assemble une caméra infrarouge refroidie, plus sensible et capable de voir plus loin qu'une caméra classique, dans les locaux de Noxant.
Acheté en 2025 par Exosens, ce spécialiste de l'imagerie thermique fait partie de la dizaine d'entreprises acquises par le groupe ces dernières années pour élargir ses technologies de détection.
Il est désormais capable de produire "plusieurs centaines" de telles caméras par an.
- Inexistant il y a trois ans -
"Au cours de 2026, on a doublé les capacités dans les caméras infrarouges refroidies et triplé dans les non-refroidies", explique Jérôme Cerisier, directeur général d'Exosens au cours d'une visite de presse en octobre sur le site de Noxant.
"Avec l'émergence de la lutte antidrone, cette partie du marché s'est envolée. On a des taux de croissance extrêmement élevés", a déclaré Jérôme Cerisier à l'AFP.
"Il y a trois ans, ce marché n'existait pas", fait-il valoir.
Exosens, qui réalise 75% de son chiffre d'affaires dans la défense, a récemment relevé ses objectifs pour 2026, visant désormais un chiffre d'affaires de 558 à 570 millions d'euros, en hausse de près de 20% sur un an et une profitabilité à 33-34%.
La puce électronique refroidie à -200°C rend la caméra plus sensible et lui permet de voir jusqu'à 35 km, selon Emmanuel Vanneau, cofondateur de Noxant.
- Durable et indétectable -
Contrairement au radar capable de voir, lui, encore plus loin, à 100 km, la caméra optique n'émet aucun signal et présente donc moins de risques d'être repérée par l'adversaire.
D'un coût allant jusqu'à 100.000 euros, soit 20 fois le prix d'une caméra classique, les caméras refroidies sont intégrées à des tourelles, des boules optroniques installées sur des avions, des hélicoptères ou des drones de surveillance de milieu de gamme.
Contrairement aux drones, souvent conçus à usage unique et dont les logiciels deviennent vite obsolètes, ces caméras peuvent durer des années.
Le principe de la détection infrarouge reste le même : un drone dégage de la chaleur, que la caméra capte.
"Cette technologie évolue beaucoup moins vite", explique Jérôme Cerisier. "Les lois de la physique ne changent pas : un drone continue à échauffer l'air", ajoute-t-il.
Le groupe, qui fabrique également des tubes intensificateurs de lumière destinés aux jumelles de vision nocturne, est entré à la Bourse de Paris en juin 2024, à 20 euros l'action.
Plus de deux ans plus tard, son titre évolue autour de 60 euros.
- Percée dans les microréacteurs américains -
L'autre levier de croissance pour Exosens vient du nucléaire. Cette activité qui ne pèse que 4 % dans le chiffre d'affaires d'Exosens est moins connue mais potentiellement lucrative.
Le groupe est en train de percer sur le marché prometteur des microréacteurs américains, dont Donald Trump veut accélérer le déploiement pour alimenter les centres de données énergivores de l'intelligence artificielle.
Aux Etats-Unis Exosens accompagne le développement de microréacteurs nucléaires transportables soumis à des procédures réglementaires allégées dans le cadre du programme du ministère de l’Energie (DOE) visant à accélérer leur mise au point alors que les projets des SMR (petits réacteurs modulaires) piétinent en France.
Ses sondes neutroniques, qui permettent de surveiller la réaction nucléaire, ont contribué aux essais des start-up américaines Antares Nuclear et Valar Atomics.
"Nous sommes fiers d’avoir contribué au succès de ces démonstrations et nous nous réjouissons de continuer à accompagner les concepteurs de réacteurs" vers "un déploiement commercial sûr et fiable", déclare Cyril Barre, directeur de l’instrumentation nucléaire chez Exosens.
Y.Uduike--CPN