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Les présidents kényan et ougandais relancent l'extension d'une ligne ferroviaire
Les présidents kényan et ougandais se sont rencontrés samedi près de leur frontière commune pour relancer le chantier de l'extension d'une ligne ferroviaire, d'un coût de plusieurs milliards de dollars et longtemps retardée.
La ligne Standard Gauge Railway (SGR), construite par des entreprises chinoises entre 2013 et 2019, relie pour l'instant la ville portuaire kényane de Mombasa à la capitale Nairobi, puis à la ville lacustre de Naivasha.
Mais la Chine a ensuite refusé d'accorder de nouveaux prêts avant que la ligne ne puisse être prolongée, comme prévu, jusqu'en Ouganda, d'où elle pourrait ensuite gagner le Rwanda et la République démocratique du Congo, au prix d'autres efforts de modernisation.
Après plus de six ans d'interruption, le chef de l'Etat kényan William Ruto a finalement posé jeudi la première pierre de la prochaine phase du projet dans le comté de Narok (sud-ouest), affirmant qu'il "positionnera fermement le Kenya comme une plaque tournante majeure du transport", tout en créant des emplois et en réduisant la congestion routière.
La ligne devrait atteindre Kisumu, troisième ville du Kenya, d'ici juin 2027, selon un calendrier de construction ambitieux.
M. Ruto a ensuite reçu en grande pompe son homologue ougandais Yoweri Museveni à Kisumu pour relancer solennellement la partie des travaux visant à relier Kisumu à Malaba, à la frontière ougandaise.
Le président kényan s'est félicité d'une entreprise qui "façonnera des générations" en dynamisant le commerce et stimulant la croissance le long du corridor.
"Cette ligne ferroviaire s'inscrit dans le cadre de la rationalisation de notre système de transport, notamment du côté ougandais, qui est irrationnel et coûteux", toujours dépendant du réseau routier, a pour sa part souligné Yoweri Museveni, qui dirige d'une main de fer l'Ouganda depuis 1986.
"En transférant le transport de marchandises en vrac des routes vers le rail et les pipelines, nous réduisons les coûts de transport, préservons les infrastructures et améliorons l'efficacité", a-t-il ajouté sur X.
La SGR modernise et complète progressivement le corridor historique de la "Lunatic Express", la ligne construite par les colons de l'empire britannique qui ont façonné le Kenya moderne.
Autrefois, prisée des touristes pour son charme désuet, elle en désespérait d’autres par sa lenteur et sa faible capacité.
- Difficultés de remboursement -
D'après la base de données sur les prêts chinois à l'Afrique de l'Université de Boston, la Chine a accordé au Kenya 9,7 milliards de dollars de prêts entre 2000 et 2019, dont environ la moitié était destinée à la construction du chemin de fer.
Pékin a suspendu ces prêts de 2020 à 2023, le Kenya rencontrant des difficultés de remboursement, tandis que la Chine réexaminait sa stratégie de prêts à l'Afrique en général.
Le Kenya dépense désormais environ un milliard de dollars par an pour rembourser sa dette à la Chine, contractée en grande partie pour la construction de la ligne.
Ce montant est bien supérieur aux recettes générées par la ligne – environ 165 millions de dollars l'an dernier – même si le nombre de passagers et de marchandises augmente.
Un rapport de l'auditeur général du Kenya, publié l'an dernier, a révélé que plus de 260 millions de dollars avaient été gaspillés en pénalités et intérêts de retard.
Selon le quotidien financier kényan Business Daily, citant des estimations du Trésor, le coût total du projet dépasse 500 milliards de shillings (3,3 milliards d’euros).
- "Prospérité" -
Malgré la controverse, le Kenya a toujours souhaité achever la ligne.
Cette fois-ci, Nairobi ne contracte pas de nouveaux emprunts auprès des banques chinoises, mais s'appuie sur les futures taxes sur le fret – bien qu'il collabore avec des entreprises de transport chinoises pour la construction de cette nouvelle phase.
"Cette ligne a toujours été pensée comme une voie vers la prospérité", a assuré M. Ruto.
Le Kenya juge crucial le prolongement de la ligne ferroviaire pour renforcer le commerce à travers l'Afrique de l'Est et centrale, espérant atteindre, outre l'Ouganda, des pays enclavés comme le Rwanda, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo, riche en minéraux.
H.Meyer--CPN