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A Grandpuits, TotalEnergies vante le recyclage plastique chimique malgré les critiques
Des débris de plastiques transformés en une sorte de pâte, puis en huile inflammable: dans son ancienne raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne), TotalEnergies transforme les déchets d'emballages en hydrocarbures, procédé efficace selon lui, mais onéreux, peu porteur à date et critiqué par les défenseurs de l'environnement.
Dans les balles de déchets plastiques stockées dans le grand hangar, on reconnait des logos bien connus des consommateurs français. Plats préparés tex-mex, sodas rouges ou bleus, emballages de biscuits apéritifs...
Les détritus ont été agglomérés en gros paquets de plus de 420 kilos par le spécialiste des déchets, Paprec, avant d'être livrés sur le site de TotalEnergies.
- "Plateforme zéro pétrole" -
Ces rebuts de la société de consommation ne seront pas incinérés ou enfouis, comme les trois quarts de leurs homologues plastiques en France, mais doivent servir un noble dessein, expose le groupe: boucler la boucle de la production de plastique, en se substituant à leur matière première, le naphta.
Ce dernier est très largement issu du raffinage de pétrole, qui fut pendant des décennies l'activité de la gigantesque raffinerie de Grandpuits, dont sont sortis depuis 1967 de l'essence et du diesel pour les voitures et camions, du kérosène pour les avions, du fioul ou encore du gaz et du naphta.
Une fuite dans le pipeline l'approvisionnant en brut depuis Le Havre a décidé en 2020 le géant des hydrocarbures à convertir l'impressionnante emprise industrielle en "plateforme zero pétrole".
Les ambitions ont depuis été revues à la baisse avec une partie des activités initialement prévues "gelées".
Il a toutefois annoncé jeudi le lancement de ce qu'il présente comme la "première usine en France de recyclage chimique des plastiques", utilisant la technologie du britannique Plastic Energy.
Ce dernier revendiquait en août avoir produit de l'huile de pyrolyse de plastique enregistrée sous la marque "Tacoil", dans une usine sous joint-venture avec le géant saoudien de la chimie Sabic, basée à Geleen aux Pays-Bas.
Côté Grandpuits, le premier camion citerne rempli de Tacoil, huile de couleur sombre et inflammable, a quitté le site début mars pour rallier Anvers (Belgique) et la plateforme de raffinage-pétrochimie que TotalEnergies y opère, se félicite le directeur du site français, Guillaume Alliot.
Cet hydrocarbure permet de fabriquer des plastiques recyclés "de qualité identique aux plastiques vierges", se réjouit dans un communiqué le géant français, approvisionné en déchets plastiques par Paprec et par l'éco-organisme Citeo.
Les ambitions restent modestes: le site peut gérer jusque 15.000 tonnes de déchets par an, soit moins de 0,3% des 5,5 millions de tonnes d'emballages ménagers mis sur le marché français en 2024, selon Citeo.
Et produira en l'état des capacités actuelles de quoi remplir au mieux un camion par jour d'huile de pyrolyse, là aussi une goutte d'eau.
- "Mythe" du recyclage -
Le modèle économique du recyclage chimique du plastique "est encore à construire" et il "faudra des années avant que l'activité soit significative en termes de volumes" produits, reconnaissait début février auprès de l'AFP Jean-Yves Daclin, directeur général France de Plastics Europe, organisation de la plasturgie.
Le procédé est énergivore et coûteux, et la demande pour l'heure faible.
Autrice d'un livre sur un secteur qui n'a jamais autant produit - production mondiale de 430,9 millions de tonnes de plastique vierge en 2024 -, "Plastic Inc.", Beth Gardiner relève que l'huile de pyrolyse doit "être mélangée avec une grande quantité de naphta vierge" provenant du pétrole pour fabriquer de nouveau du plastique.
"L'industrie essaie vraiment de convaincre que le recyclage chimique est la solution miracle" à la prolifération de déchets plastiques, mais "les preuves manquent", poursuit la journaliste.
L'ONG Zero Waste reproche aussi au procédé d'entretenir le "mythe" d'un recyclage à l'infini du plastique, alors que ce matériau se dégrade tout au long de sa vie.
Cela fait toutefois partie des options retenues par les autorités pour lutter contre la pollution générée par les emballages plastiques, et les 27 Etats de l'Union européenne ont approuvé début février l'intégration du recyclage chimique dans la part de contenu recyclé obligatoire dans les bouteilles en plastique.
A.Levy--CPN