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Le gouvernement fait quelques concessions face à la colère persistante des agriculteurs
Le gouvernement, impuissant face au vote de l'accord UE-Mercosur, a annoncé vendredi soir une série de mesures "de justice agricole" mais sans beaucoup céder sur les principales demandes des syndicats, remontés depuis un mois et qui ont manifesté en tracteurs à Paris ces derniers jours.
Doublement du fonds à 22 millions d'euros pour les éleveurs touchés par la dermatose nodulaire bovine, augmentation des tirs autorisés contre les loups menaçant les troupeaux, simplification du registre sur les pesticides...
Un "paquet de 300 millions" qui contient aussi d'autres mesures égrainées ces dernières semaines (sur les engrais, le triplement du fonds hydraulique ou l'aide à l'arrachage des vignes) mais que la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a conditionné à la non-censure du gouvernement et au vote du budget.
"S'il n'y a pas de gouvernement, il n'y aura pas de solution pour les agriculteurs", a-t-elle menacé lors d'une conférence de presse commune avec ses homologues de l'Agriculture et de la Transition écologique.
Si la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a ouvert la voie à une évolution du protocole d'abattage total des troupeaux dans lesquels la dermatose est détectée, en cas "d'immunité collective" après vaccination, elle l'a conditionné à un "avis scientifique" encore en construction.
Au risque de décevoir la Coordination rurale (CR) et la Confédération paysanne qui demandent la fin de l'abattage total.
- Descente aux enfers -
La CR souhaitait aussi un moratoire sur tous les contrôles pesant sur les agriculteurs jusqu'à la présidentielle et la suppression des agences environnementales.
Une cinquantaine d'actions ont été menées vendredi dans 31 départements, par la CR et la Confédération paysanne mais aussi par des sections locales de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs, alliance syndicale qui domine dans le monde agricole: blocages d'autoroutes ou de dépôts de carburant, manifestations devant les préfectures... Plusieurs pays européens ont aussi observé des actions d'agriculteurs sur leurs routes.
Mais la crispation pour les agriculteurs réside aussi dans la signature, prévue le 17 janvier au Paraguay après un vote positif des Etats membres vendredi, de l'accord de libre-échange entre l'UE et des pays du Mercosur.
FNSEA et JA ont appelé à manifester le 20 janvier devant le Parlement européen qui devra voter pour le ratifier.
"C'est une descente aux enfers (...). Les produits qui rentrent du Mercosur sont moins chers" et produits avec des substances interdites en Europe, se désole Jean-Michel Larrère, président de la FDSEA des Landes lors d'un rassemblement dans une zone portuaire près de Bayonne.
Les agriculteurs dénoncent aussi une perte d'influence de la France sur la scène européenne, qui ajoute à leur défiance envers les politiques, après trois hivers de colère soutenue et des manifestations d'ampleurs dans les campagnes et dans les villes.
"Les positions françaises font bouger l'Europe. La PAC, la taxe sur les engrais, la clause de sauvegarde, les mesures miroirs. Ce sont des avancées françaises", s'est défendue Annie Genevard.
- Interpellations -
Reconnaissant que la défiance était un "signal d'alarme majeur", elle a salué des manifestations "pacifiques, à l'exception de quelques épisodes dommageables".
Il est "inadmissible que la Confédération paysanne soit le seul syndicat à subir cette répression", a dénoncé cette organisation, classée à gauche.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a assumé jeudi soir de n'avoir pas dispersé l'action "illégale" de la Coordination rurale (CR) avec ses tracteurs à Paris alors que les rassemblements non déclarés y étaient interdits.
Le ton est monté au sud de Paris vendredi en début d'après-midi devant le siège de l'agence sanitaire Anses, où quelques dizaines d'adhérents de la CR ont lancé des oeufs contre la façade. Aucune interpellation n'a été rapportée.
Le président de la CR Bertrand Venteau a appelé, dans l'après-midi sur X, ses troupes venues parfois de Corse ou du Sud-Ouest à rentrer chez elles. Mais "faites-vous plaisir en rentrant pour ceux qui en ont encore la force", a-t-il ajouté, signalant que la mobilisation n'était pas finie.
M.Davis--CPN