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A Damas, les chrétiens célèbrent Noël sous haute sécurité
Au milieu des illuminations de la vieille ville de Damas, l'ombre des forces de sécurité: la communauté chrétienne de la capitale syrienne, endeuillée en juin par un attentat-suicide, fête Noël sous haute surveillance.
"Les gens rentrent tôt et ont peur", témoigne Tala Shamoun, une étudiante de 26 ans rencontrée par l'AFP sur un marché nocturne, alors que des enfants se baladent dans les ruelles ballons colorés à la main.
Elle garde en mémoire "la grande tragédie" de l'attaque, qui a fait l'été dernier 25 morts et des dizaines de blessés dans une église orthodoxe de Damas.
Si elle a été revendiquée par un groupuscule extrémiste sunnite peu connu, Saraya Ansar al-Sunna, les autorités syriennes l'ont attribuée au groupe jihadiste Etat islamique (EI).
Depuis la chute de Bachar al-Assad, renversé par l'ancien jihadiste Ahmad al-Chareh après quasiment 14 ans de guerre civile, le nouveau pouvoir syrien s'est engagé à faire prévaloir la "coexistence". Mais de sanglantes violences intercommunautaires ont secoué les régions à majorité druze et alaouite dans ce pays multiethnique et multiconfessionnel.
- "Plan de sécurité" -
Dans la vieille ville de Damas, qui abrite une petite communauté chrétienne dynamique et plusieurs églises importantes, l'atmosphère est festive malgré tout: des boules rouges ornent des arbres, les commerçants ont paré leurs vitrines de décorations de Noël et les vendeurs ambulants proposent des marrons chauds.
Le tout sous le regard de gardes armés du ministère de l'Intérieur, qui fouillent des piétons ou arrêtent des personnes à moto.
"Nous avons mis en place un plan de sécurité qui couvre plusieurs quartiers et zones de la capitale", précise un membre des forces gouvernementales sous couvert d'anonymat, montrant sur un plan les endroits où son personnel est déployé.
"Il est du devoir de l'Etat de protéger tous ses citoyens, chrétiens et musulmans, et aujourd'hui nous faisons notre devoir en assurant la sécurité des célébrations", dit-il.
La population chrétienne de Syrie est passée d'un million de personnes avant la guerre, en 2011, à moins de 300.000 aujourd'hui, selon des experts, nombreux ayant été contraints à l'exil.
Des comités de quartier sont aussi mobilisés pour surveiller les lieux de culte et mener des rondes en coordination avec les forces de sécurité.
"Nous avons pris des mesures pour protéger ceux qui célèbrent Noël dans les quartiers chrétiens" et éviter tout incident, explique Fouad Farhat, 55 ans, supervisant une équipe de plusieurs hommes tout de noir vêtus, patrouillant devant les églises talkie-walkie à la main.
- "La Syrie mérite la joie" -
Une présence qui rassure alors que beaucoup craignent que les foules de Noël ne renforcent les risques: les habitants "se sentent plus en sécurité et plus à l'aise pour sortir", estime-t-il.
"La Syrie mérite la joie", confie Loris Aasaf, une étudiante de 20 ans, disant son "espoir d'un nouvel avenir".
"Toutes les confessions avaient l'habitude de célébrer (Noël) avec nous, et nous souhaitons que cela se reproduise dans les années à venir, afin de reconstruire la Syrie", ajoute la jeune fille, venue savourer l'ambiance de Noël avec ses amis.
Dans un autre quartier de la capitale, près de l'église Saint-Elie visée par l'attaque de juin, l'humeur est plus sombre.
Les forces gouvernementales ont installé des barrières pour boucler les accès et des agents lourdement armés inspectent toute personne entrant dans la zone.
Les fidèles ont illuminé un sapin décoré d'étoiles portant les photos de ceux tués dans l'attentat.
"Noël est exceptionnel cette année en raison de la douleur et du chagrin que nous avons traversés", souligne Abeer Hanna, une femme au foyer de 44 ans. "Les mesures de sécurité sont nécessaires car nous avons encore peur".
A proximité, Hanaa Masoud a allumé une bougie pour son mari Boutros Bashara et des proches morts dans l'attaque.
"Si même dans une église on se retrouve fauché par un attentat-suicide, où donc sommes-nous à l'abri?", lance-t-elle, peinant à retenir ses larmes.
Y.Ibrahim--CPN