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Réutilisable ou rien: MaiaSpace au coeur du rattrapage européen des fusées compétitives
Sous les néons de la Protofactory de la start-up française MaiaSpace, repose un immense cylindre en acier: le premier étage de la future fusée assemblé cette année, et que l'entreprise espère réutiliser dès 2028. Un pari audacieux pour rattraper le retard européen face à SpaceX.
Loin derrière l'entreprise fondée par Elon Musk qui envoie des fusées réutilisables depuis 2015 et talonnée par les concurrents européens, cette filiale d'ArianeGroup y croit malgré tout sur son site de Vernon, en Normandie, à 80 km de Paris.
"Les lanceurs européens seront réutilisables ou ne seront pas", déclare à l'AFP Yohann Leroy, président exécutif de MaiaSpace créé en 2022.
Une conviction partagée par le directeur de l'Agence spatiale européenne (ESA) Josef Aschbacher qui a prôné dans une interview à l'AFP en octobre le développement de fusées réutilisables européennes pour l'après-Ariane 6 afin de casser la domination de SpaceX.
MaiaSpace a été préselectionnée par l'ESA pour son projet European Launcher Challenge (Défi des lanceurs européens) avec quatre concurrents: les allemands Isar Aerospace et Rocket Factory Augsburg, le britannique Orbital Express Launch et l'espagnol PLD Space.
"Il n'y aura pas de marché pour tout le monde", commente pour l'AFP Pierre Lionnet, directeur de recherche à Eurospace, qui rassemble les industriels européens de l'espace.
"Il y a de la place pour au maximum deux acteurs en Europe sur le segment de marché que nous visons (...) Beaucoup resteront sur le bord du chemin", reconnaît le patron de MaiaSpace.
- "Pas sûr à 100%" -
Les vols d'essai des groupes allemands ont subi des échecs mais ont eu lieu tandis que Maia n'est pas encore sur le pas de tir: initialement prévu en 2025, le premier lancement est maintenant programmé fin 2026.
"On met toutes les chances de notre côté pour tenir cette date. Evidemment on ne peut pas la garantir à 100%", ajoute Yohann Leroy.
Après s'être vu attribuer l'an dernier le pas de tirs des Soyouz russes à Kourou, la start-up qui emploie 330 salariés - contre 20 en 2022 - avait dû "réajuster son plan de développement" pour démarrer ses activités en Guyane française.
Yohann Leroy assure que ce calendrier retardé sera au final "mieux pour le projet. Cela évite de dupliquer certains investissements".
Mais il admet qu'il faudra aussi "du temps pour maîtriser la réutilisation": les tentatives de récupération du premier étage de la fusée sur une barge commenceront "aux alentours du huitième ou neuvième vol", pas avant 2028, précise-t-il.
Une fois maîtrisée, cette récupération du premier étage qui "représente à peu près 50% du coût du lanceur" permettra de diviser les coûts "par plus que deux" et de "proposer des prix plus compétitifs" que la concurrence, promet-il.
Il cite comme autres avantages la réutilisation prise en compte dès la conception de la fusée ainsi que sa capacité d'emport allant jusqu'à 4 tonnes, plus importante que chez les concurrents européens. Ces paramètres vont garantir un prix du lancement par kilo (indicateur clé pour une fusée) à 6.000 euros, comparable au prix catalogue de SpaceX, assure Yohann Leroy.
- Casse-pipe et tire-bouchon -
Si le pas de tir à Kourou est encore en cours de réaménagement, l'avenir de la fusée Maia se concrétise.
La semaine dernière, MaiaSpace a été sélectionnée pour le lancement en 2027 de la mission Toutatis, une démonstration d’action dans l’espace constituée de deux satellites pour le compte de l’Agence de l’innovation de défense. Un projet du français U-Space, spécialisé dans les nanosatellites, avec le soutien du missilier MBDA.
Cet accord suit le premier contrat commercial pour le groupe signé en mars avec le français Exotrail pour la plateforme Spacevan à partir de 2027.
D'ici là, le travail s'annonce intense à Kourou comme à Vernon. La Protofactory qui abrite le démonstrateur du premier étage long de 33 mètres va s'agrandir et devenir une véritable usine, Maiafactory.
A quelques pas, dans la forêt, des installations surnommées "tire-bouchon" et "casse-pipe" servent de terrain d'épreuves: la première teste la séparation de l'étage supérieur, la seconde la résistance des réservoirs à la poussée du moteur, étapes décisives avant de voir la fusée s'élever vers l'espace.
M.García--CPN