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"L'avenir d'ArcelorMittal France incertain", plan social "ou non", selon un rapport d'expertise
L'avenir d'ArcelorMittal en France est "incertain" et les suppressions de postes ne permettront pas de résoudre ses "problèmes de fond", ont estimé des experts mandatés par le CSEC du groupe dans un rapport consulté mardi par l'AFP et contesté par l'entreprise.
Auteur de ce rapport, le cabinet d'expertise Secafi avait été mandaté par le comité social et économique central (CSEC) d'ArcelorMittal France Nord après l'annonce en avril d'un plan social qui touche sept usines et le siège français du groupe, selon la synthèse du rapport consultée par l'AFP.
Les problèmes rendant l'avenir du sidérurgiste en France "incertain" sont "multifactoriels" et "découlent en partie de décisions de gestion" passées, notamment le sous-investissement dans l'outil de production, d'après ce texte, daté du 20 octobre.
Le groupe a fait le "choix stratégique assumé de privilégier la distribution" de liquidités "aux actionnaires, au détriment de l'anticipation" et de l'investissement, estime Secafi.
Le cabinet d'expertise relève ainsi que la liquidité distribuée par le groupe aux actionnaires entre 2020 et 2024 (13 milliards d'euros) a été à peine inférieure à celle consacrée aux investissements industriels (15,5 milliards d'euros dans le monde).
- "Précipitation" -
Interrogée par l'AFP, la direction a répondu qu'"ArcelorMittal n'est pas en accord avec les conclusions de ce rapport".
Elle oppose que le groupe a investi 1,7 milliard d'euros en France ces cinq dernières années (2020-2024), dont plus d'un milliard d'euros sur les sites d'ArcelorMittal France Nord, et ceci alors que le marché français de l'acier est "frappé par une crise grave et profonde, avec une demande en baisse et des importations massives en Europe d'acier à bas prix".
Dans ce contexte, ArcelorMittal France Nord a mis en œuvre des mesures d'adaptation et annoncé au printemps des mesures de réorganisation qui entraîneront des suppressions d'emplois, évaluées à 270 emplois à ce jour.
En France, "la dégradation des performances industrielles (et par conséquent des performances économiques) provient surtout d'une fragilité de l'amont, résultant de coupes trop importantes dans les budgets de maintenance au cours des dernières années et des investissements notoirement insuffisants au moins jusqu'en 2021", juge Secafi.
Le cabinet dénonce aussi "une forme de précipitation" dans la décision de procéder à des licenciements, "pour lequel la démonstration économique est de ce fait nettement insuffisante au regard" de leur impact.
Les suppressions de postes "permettront tout au plus de faire environ 37 millions d'euros d'économies", tandis que, "avec une durée de vie de hauts-fourneaux limitée et des investissements de décarbonation qui tardent à être confirmés, l'avenir d'ArcelorMittal France reste incertain, PSE ou non".
- La gauche pousse pour nationaliser -
Les syndicats d'ArcelorMittal sont censés se prononcer vendredi sur le projet de plan social, mais la CFE-CGC a appelé à repousser cette échéance, "parce qu'il y a encore trop de sujets à travailler", a indiqué mardi à l'AFP Pascal Deshayes, DSC CFE-CGC pour ArcelorMittal France.
"On attend que la direction revienne, mais le planning qui était prévu ne va plus tenir", a-t-il indiqué.
Mardi soir, lors d'un meeting à Dunkerque (Nord) organisé par la CGT, plusieurs personnalités politiques de gauche sont venues soutenir les salariés d'ArcelorMittal et une proposition de loi pour nationaliser l'entreprise.
Les salariés d'ArcelorMittal sont invités à venir à Paris pour "mettre la pression" le 27 novembre, jour de l'examen de la proposition de loi à l'Assemblée nationale, a affirmé à l'AFP la députée insoumise Aurélie Trouvé, qui a déposé le texte.
"Arcelor a laissé se détériorer l'outil de production" et "veut délocaliser en Inde pour faire plus de profit", a de son côté accusé la députée du groupe écologiste et social Clémentine Autain, également présente à Dunkerque aux côtés de François Ruffin.
La probabilité que cette proposition de loi aboutisse paraît cependant mince. Un texte similaire, porté par des sénateurs communistes, a été rejeté fin octobre au Sénat, dominé par la droite et le centre.
Le gouvernement s'oppose aussi à cette option. Nationaliser ArcelorMittal "reviendrait à placer l'entreprise sous perfusion publique sans pour autant régler ce qui mine la filière, la concurrence mondiale faussée, la faiblesse de la demande européenne et le déficit de compétitivité", selon le ministre délégué à l'Industrie Sébastien Martin.
D.Philippon--CPN