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Climat: course contre la montre à Bruxelles avant la COP de Belem
Le temps presse. A une dizaine de jours de la grande conférence de l'ONU sur le climat à Belem, au Brésil, l'Union européenne espère encore obtenir un feu vert de ses États membres sur sa trajectoire climatique en 2035 et 2040.
Une réunion décisive est prévue mardi prochain entre les ministres de l'Environnement des 27.
Où en est l'Europe ?
Malgré des mois de tractations, les Européens n'ont pas encore approuvé formellement leur objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les quinze ans qui viennent.
La Commission voudrait arracher un accord avant la COP30, la grand-messe climatique de l'ONU qui commence le 10 novembre à Belem au Brésil.
Dans cette course contre la montre, les diplomates européens enchaînent les réunions — une ce mercredi et une autre vendredi — avant celle entre les ministres, potentiellement décisive, mardi prochain.
"Un accord semble possible mais ce sera serré", pronostique une source diplomatique. "L'ambiance est plutôt positive aujourd'hui, mais il y a beaucoup d'exigences difficiles à concilier", confie-t-elle anonymement.
A ce stade, les États n'ont pas endossé l'objectif proposé par la Commission de baisser de 90% les émissions de gaz à effet de serre en 2040 par rapport à 1990 (l'UE en était à -37% en 2023).
Bruxelles a proposé dès juillet une "flexibilité" dans le mode de calcul: la possibilité d'acquérir des crédits carbone internationaux, à hauteur de 3% du total, qui financeraient des projets en dehors de l'Europe. Mais cette concession n'a pas suffi.
Pour ne pas arriver les mains vides à la COP30, les pays européens ont soutenu en septembre un compromis a minima concernant l'échéance 2035: une fourchette de réduction des émissions comprise entre -66,25% et -72,5% par rapport à 1990.
Sauf qu'il s'agit à ce stade d'une simple déclaration d'intention et pas d'un objectif contraignant.
La trajectoire climatique européenne implique des transformations majeures pour l'industrie comme pour le quotidien des Européens: électrification des voitures, sortie progressive des énergies fossiles, rénovation énergétique des bâtiments...
Quels sont les points encore en négociation ?
Pour tenter de débloquer la situation, la discussion s'est invitée au menu des chefs d’État et de gouvernement lors du sommet du 23 octobre à Bruxelles.
Dans leurs conclusions, les 27 ont insisté sur la "nécessité d'une clause de révision" de la trajectoire 2040, qui permettrait d'ajuster l'objectif s'il s'avérait trop difficile à atteindre.
Selon Neil Makaroff, spécialiste de la transition climatique au think tank Strategic Perspectives, "la voie s'est libérée" pour un accord le 4 novembre, mais il reste des "points d'achoppement".
Le premier concerne la part des crédits carbone internationaux que les pays européens pourront acquérir pour atteindre l'objectif 2040. Au grand dam des organisations environnementales, des pays comme l'Italie et la Pologne veulent aller plus loin que les 3% proposés par la Commission. La France est aussi ouverte à davantage de souplesse.
Deuxième point sensible, plusieurs capitales dont Paris demandent d'insister sur les incertitudes concernant la capacité des puits de carbone (forêts, sols...) à absorber du CO2, au moment où l'état des forêts se dégrade en Europe.
Autre sujet de tractation, certains États dont la Pologne font pression pour reporter l'extension prévue en 2027 du marché des quotas carbone (avec un prix pour les émissions de CO2) au secteur du chauffage des bâtiments et du transport routier.
Pourquoi l'Europe a-t-elle tardé ?
Depuis les élections européennes de juin 2024, l'UE penche nettement plus à droite et axe davantage sa politique sur la compétitivité des entreprises, alors que l'Europe est à la peine face aux mastodontes chinois et américain.
Dans ce contexte, des pays comme la Pologne, la République tchèque, la Hongrie ou l'Italie critiquent l'objectif de réduction des émissions de 90% en 2040, y voyant une menace pour leurs industries.
Prudente, la France ne s'est quant à elle pas prononcée formellement sur cet objectif, s'attirant les foudres des ONG.
Nombre de dirigeants européens pensent que l'UE a fait preuve de naïveté auparavant en affichant son leadership climatique, sans le corréler suffisamment à des ambitions économiques.
De son côté, le gouvernement allemand soutient plutôt l'objectif de la Commission européenne, mais s'oppose à l'une des mesures les plus emblématiques du précédent mandat: l'interdiction à la vente de voitures thermiques neuves en 2035.
Les ONG s'alarment d'un détricotage en règle du Green Deal, le pacte vert, une série du mesures environnementales adoptées avant les Européennes de 2024.
L'UE martèle qu'elle maintient son rôle de leader du climat.
Avec ses États membres, elle assure être le plus gros bailleur de fonds dans la lutte contre le changement climatique, comptabilisant 31,7 milliards d'euros de fonds publics mobilisés en 2024.
P.Petrenko--CPN