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Argentine: les marchés euphoriques après la victoire de Milei aux législatives
Les marchés ont réagi avec euphorie lundi au large succès du président ultralibéral argentin Javier Milei lors de législatives de mi-mandat, avec un bond de la Bourse de Buenos Aires, un envol du peso, augurant d'une stabilité financière à court terme pour son économie.
Javier Milei, président depuis fin 2023, a obtenu dimanche un éclatant vote de confiance pour poursuivre ses réformes de dérégulation, son parti recueillant un peu plus de 40% des voix au niveau national.
Ce résultat renforce considérablement sa base parlementaire, maigre jusqu'ici et souvent frustrée par un Parlement rétif sur les privatisations par exemple, lors de la prochaine législature qui débutera en décembre.
Lundi, le peso argentin s'est envolé en début de séance, jusqu'à s'échanger à 1.420 pesos pour un dollar, au taux officiel affiché par la banque publique Banco Nacion, une appréciation spectaculaire de plus de 6% par rapport à vendredi, avant de clôturer quelque peu assagi, à 1.460 (+3,6%).
A l'ouverture la Bourse de Buenos Aires, son principal indice, le Merval, a décollé a plus de 20%, une tendance non démentie jusqu'à la clôture (21,78%).
À Wall Street, les actions argentines (ADR) ont enregistré de fortes hausses autour de 30-40% pour plusieurs, voire jusqu'à 47% (groupe financier Supervielle), dans un rebond généralisé très marqué après plusieurs jours de pertes.
Le résultat électoral de dimanche, qui a fait mentir de nombreux sondages, est un immense soulagement pour l'exécutif argentin.
L'incertitude liée au scrutin, au maintien ou pas du cap d'austérité post-élections, avait placé l'économie argentine, et sa monnaie, sous une intense pression des marchés financiers depuis deux mois. Alimentant chez les Argentins la hantise d'une dévaluation post-scrutin.
Ces turbulences avaient déclenché la promesse d'un pack d'aide financière massive de l'allié américain de Javier Milei, Donald Trump, avec toutefois un bémol : les Etats-Unis ne seraient "pas si généreux", si Milei perdait.
Donald Trump a adressé dimanche ses félicitations à Javier Milei pour sa "victoire écrasante". "Notre confiance en lui a été légitimée par le peuple argentin", a-t-il réagi sur son réseau Truth Social.
- Un élan, mais jusqu'où ? -
Le résultat "conforte probablement les accords avec Washington, prévoyant que les États-Unis fournissent un mécanisme d'échange de devises de 20 milliards de dollars, ainsi que 20 milliards de dollars de plus en prêts privés", estimait Benjamin Picton, analyste chez Rabobank.
Il va aussi "réduire la pression sur Milei pour procéder à un changement du régime de change juste après les élections" abonde Kimberley Sperrfechter, du cabinet d'analyse britannique Capital Economics.
Mais "cela ne change pas le fait que le taux de change (du peso) reste sévèrement surévalué", ajoute l'analyste, prédisant une modification "ordonnée" du régime actuel de change semi-flottant encadré, entre 936 et 1.494 pesos pour un dollar (pour le taux interbancaire).
Javier Milei, dans une interview lundi, a toutefois estimé que "tant qu'il reste dans cette bande il (le taux dollar/peso) est libre", paraissant écarter tout ajustement prochain.
Reste qu'avec le maintien probable du cap d'austérité, la garantie de pouvoir honorer la dette argentine et l'appui des Etats-Unis, "il y a plein de raisons à une telle euphorie à court terme des marchés financiers", résume l'économiste Marin Kalos, de la firme conseil Epyca.
Mais le sujet, relève le politologue Ivan Schuliaquer de l'Université de Buenos Aires, est aussi jusqu'où "l'élan électoral va porter Milei, si le modèle économique va tenir sans s'effondrer, ce qui aurait pu arriver si Trump ne l'avait pas sauvé".
En un peu moins de deux ans, Javier Milei a enregistré des succès nets: l'inflation ramenée de 200% à 31,8% (inflation cumulée sur 12 mois, en septembre), et un équilibre budgétaire inédit depuis 14 ans. Mais au prix d'une draconienne austérité budgétaire - plus de 200.000 emplois perdus -, une activité anémiée (contraction de 1,8% du PIB en 2024) avec un début de reprise 2025 qui s'est essoufflé en milieu d'année.
Y.Ponomarenko--CPN