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Rachat de SFR: Altice France rejette l'offre de ses trois concurrents
Aussitôt déposée, aussitôt rejetée: l'offre de rachat de SFR par ses concurrents Orange, Free et Bouygues Telecom, écartée dès mercredi matin par sa maison-mère Altice France, relance les conjectures sur l'avenir du secteur et un possible passage de quatre à trois opérateurs.
La question plane depuis plusieurs mois sur le marché des télécoms français : SFR est-il amené à disparaître, racheté par ses trois concurrents ?
Bouygues Telecom, Orange et Iliad (Free) se sont positionnés de manière inédite mardi soir avec une proposition commune de rachat de "la plupart des actifs de l'opérateur SFR" pour un montant de 17 milliards d'euros.
Une offre "immédiatement rejetée", a indiqué mercredi Altice France, maison mère de SFR, dans un message à ses salariés.
Du côté des acheteurs potentiels, Bouygues Telecom et Orange se sont fendus de deux réponses, tout aussi brèves: les groupes ont respectivement "pris connaissance" et "pris note" du rejet.
S'il est trop tôt pour savoir si les discussions se poursuivront, et si elles aboutiront, cette hypothèse d'un rapprochement entre opérateurs est inédite depuis la tentative de rachat de Bouygues Telecom par Orange abandonnée en 2016.
- Une question de prix ? -
Un hypothétique rachat, qui prendrait des mois voire des années, devrait d'abord passer par un consensus sur le montant.
Avant le rejet de SFR mercredi matin, plusieurs analystes bancaires avaient souligné une offre relativement basse.
D'après une note de la banque UBS, le prix de rachat de 17 milliards d'euros, qui porterait selon ses concurrents la valeur totale d'Altice France à 21 milliards, est "juste en deçà" de la valorisation moyenne calculée sur le secteur.
"Il est probable qu’Altice France voudra relever cette offre; toutefois la marge de discussion est faible sans autre acheteur", a souligné de son côté Oddo BHF.
L'offre de mardi soir est venue mettre fin à des mois de spéculations accompagnant la restructuration financière d'Altice France.
Avec une dette tombée de plus de 24 milliards à 15,5 milliards d'euros début octobre, la maison mère de SFR s'est éloignée de la menace d'un mur de la dette.
Une opération qui l'a placée dans "une situation financière assainie, une situation opérationnelle et commerciale très largement améliorée" avec des "actifs uniques", vantait fin septembre son PDG Arthur Dreyfuss.
"Nous savons qu'il y a un certain nombre de marques d'intérêt pour certains actifs", avait-il aussi indiqué.
Les opérateurs concurrents s'étaient déjà déclarés favorables à une consolidation du marché, dans un secteur mature où les acteurs se livrent à une guerre des prix pour attirer des clients et rentabiliser de nombreux coûts fixes.
"La consolidation sur le marché français pourrait aboutir à un environnement plus équilibré au regard de la concurrence et des prix", a commenté la banque UBS.
- "Vigilance" sur les tarifs -
Les éventuelles discussions futures seront suivies de près en raison des impacts économiques et sociaux très concrets que pourrait avoir une telle consolidation.
Si Bouygues Telecom, Free et Orange ont assuré mardi soir vouloir "préserver un écosystème concurrentiel au bénéfice des consommateurs", le ministre de l'Economie Roland Lescure a assuré mercredi matin qu'il resterait attentif à ce sujet.
"Je vais être extrêmement vigilant sur cette opération, parce qu'aujourd'hui (...) en France, on a les prix des téléphones mobiles, des abonnements, parmi les moins chers d'Europe", a-t-il déclaré sur RTL.
Les salariés de l'opérateur, qui compte 8.000 employés dont 2.000 dans ses boutiques, ont quant à eux exprimé depuis plusieurs mois la crainte d'un "projet de démantèlement".
"Cette opération de concentration, si elle se concrétise, pourrait entraîner la suppression de plusieurs milliers d'emplois directs et indirects", a dénoncé mercredi la CFDT dans un communiqué.
Avec la CGT, autre syndicat représentatif des salariés, et le CSE du groupe, la CFDT a fait appel de la validation par la justice du plan de sauvegarde accélérée d'Altice France. Une audience doit se tenir le 4 novembre.
P.Kolisnyk--CPN