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Nobel d'économie: intelligence artificielle ou écart de richesse pour clore la saison 2025
Créé à la mémoire d'Alfred Nobel, le prix d'économie boucle lundi la saison 2025 des fameuses récompenses et pourrait primer l'économie comportementale, à moins que des recherches sur l'intelligence artificielle ou les inégalités n'emportent la faveur du jury, selon les experts consultés par l'AFP.
Le nom du ou des heureux élus - le prix d'économie est souvent attribué collégialement - sera rendu public à partir de 11H45 (09H45 GMT) à l'Académie des sciences à Stockholm.
Il succédera à un trio de chercheurs basé aux Etats-Unis et récompensé l'an dernier pour des recherches sur les disparités de richesses entre pays, l'Américano-turc Daron Acemoglu et les Britanno-américains Simon Johnson et James A. Robinson.
Prédire le futur lauréat n'a rien d'une science exacte mais nombreux sont ceux qui établissent une feuille de route pour tenter de l'identifier, le processus de nomination et de sélection étant secret.
Pour Micael Dahlén, professeur à l'Ecole de commerce de Stockholm, il faut regarder du côté des disciplines économiques primées par le passé.
"L'économie de l'information est bien placée, le dernier prix la récompensant date de 2016", avec la théorie du contrat, qui étudie les relations d'échange entre des agents économiques, en tenant compte des contraintes d'information, estime-t-il.
"Ces dernières années, notamment avec l'IA, le domaine est devenu très pertinent. Un candidat fort est Erik Brynjolfsson (Etats-Unis). Un autre candidat intéressant est Monika Schnitzer (Allemagne) dans le domaine de l'économie internationale", a-t-il dit à l'AFP.
En la matière, le comité Nobel pourrait aussi distinguer l'Américaine Susan Athey qui explore comment les nouvelles technologies transforment les marchés et les politiques publiques, explique Mikael Carlsson, de l'université d'Uppsala.
- Trois lauréates seulement -
Les femmes sont notablement peu nombreuses - trois seulement sur 96 lauréats - dans le palmarès du prix. La parité, si elle n'intervient pas directement dans le processus de sélection, reste une préoccupation sous-jacente.
"Personne n'est insensible à la manière dont les décisions sont comprises", dit Magnus Henrekson, de l'Institut de recherche en économie industrielle de Stockholm.
L'édition 2025 des prix Nobel a couronné deux femmes, l'Américaine Mary Brunkow, colauréate du prix de médecine, et la cheffe de l'opposition vénézuélienne Maria Corina Machado pour la paix.
Seul à ne pas avoir été prévu dans le testament d'Alfred Nobel, le prix d'économie a été créé par la Banque centrale suédoise "à la mémoire" de l'inventeur. Il s'est ajouté en 1969 aux cinq traditionnelles récompenses (médecine, physique, chimie, littérature et paix), lui valant chez ses détracteurs le sobriquet de "faux Nobel".
"S'il avait rédigé son testament aujourd'hui, je pense que les sciences économiques seraient incluses tant elles sont importantes pour notre compréhension des événements mondiaux et pour la façon dont nous pouvons améliorer nos sociétés", a assuré M. Dahlén.
Le millésime 2025 pourrait primer des économistes qui travaillent sur les inégalités de richesse, Emmanuel Saez (France/Etats-Unis) et Thomas Piketty (France), estime l'Université de Göteborg.
"Leurs comparaisons internationales et bases de données ouvertes ont rendu le débat plus factuel et renforcé la compréhension de la manière dont différents systèmes fiscaux peuvent réduire les inégalités sans freiner le développement économique", a indiqué Olof Johansson Stenman dans une analyse.
Gabriel Zucman (France) pourrait aussi leur être associé si sa récente notoriété ne rebute pas la discrète Académie des sciences qui attribue le prix. "Ca peut (la) dissuader", croit savoir Magnus Henrekson.
Gabriel Zucman a reçu en 2023 la médaille John Bates Clark, récompense considérée par des commentateurs avisés comme annonciatrice du Nobel, 17% des lauréats l'ayant reçue.
Parmi les autres candidats possibles, les experts mettent en avant les noms de la Belge Marianne Bertrand, spécialiste des discriminations évoquée par l'Institut Clarivate, du Suisse Ernst Fehr, spécialisé dans l'économie comportementale et la neuroéconomie, qui pourrait le partager avec les Américains George Loewenstein et Colin Camerer, ainsi que ceux du Japonais Nobuhiro Kiyotaki et du Britannique John H. Moore, pour leurs travaux sur les impacts des frictions financières sur les cycles économiques, et de l'Américain Robert Barro pour ses recherches sur la croissance.
Les lauréats reçoivent un chèque de 11 millions de couronnes (un million d'euros), à partager en cas de multiples gagnants.
D.Philippon--CPN