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Italie: "Super Mario" reste... mais le casse-tête de la reprise aussi
Les marchés sont soulagés, le pire a été évité, l'Italie n'a pas sombré dans le chaos politique: Mario Draghi reste aux commandes du gouvernement, grâce à la réélection à la présidence de Sergio Mattarella, garant de la stabilité, mais la tâche s'annonce immense.
L'acte II de la coalition hétéroclite au pouvoir rassemblant la quasi-totalité des partis a commencé lundi, sur fond de profonds clivages apparus lors de la recherche frénétique d'un nouveau président qui risquent de laisser des traces.
Le maintien au gouvernement de M. Draghi, qui faisait auparavant figure de favori de la présidentielle, est "une bonne nouvelle car il est le seul à pouvoir garantir l'unité de cette coalition", a déclaré à l'AFP l'économiste Carlo Cottarelli.
Mais "une coalition qui n'a pas réussi à se mettre d'accord sur un +nouveau+ président" et a dû supplier l'ancien de rester "pourra-t-elle mettre en oeuvre un programme économique extrêmement complexe, qui plus est dans une année préélectorale?", s'interroge-t-il.
Voici un tour d'horizon des principaux chantiers économiques:
- Craintes sur la croissance -
Après une année 2021 euphorique qui a vu la croissance économique rebondir de 6,5%, du jamais vu depuis des décennies, la déferlante du variant Omicron, la flambée des prix de l'énergie et les difficultés d'approvisionnement des entreprises gâchent la fête.
La croissance a connu un "fort ralentissement" au dernier trimestre de 2021, a averti la Banque d'Italie, qui a revu à la baisse sa prévision pour 2022, à 3,8% au lieu de 4%. Plus optimiste, le gouvernement table sur un taux "supérieur à 4%", après avoir misé sur 4,7% auparavant.
Le moral des entreprises est en berne, avec un indice de confiance enregistrant en janvier un plus bas depuis neuf mois. L'inflation a atteint 4,2% en 2021 et pèse sur les perspectives de croissance.
Confindustria, la principale organisation patronale, a sorti la calculette: la hausse des prix de l'énergie devrait amputer le PIB d'"au moins 0,8%" en 2022. Le coût de l'énergie pour les entreprises italiennes devrait exploser selon elle à 37 milliards d'euros cette année, contre 8 milliards en 2019.
- Un plan de relance à peine esquissé -
Pour stimuler la croissance, l'Italie peut compter sur le plan européen de relance censé favoriser la reprise post-Covid, dont elle est la principale bénéficiaire, avec 191,5 milliards d'euros sur la période 2021-2026.
Réputée pour utiliser à mauvais escient les fonds européens, l'Italie a atteint en 2021 la totalité des 51 objectifs convenus avec Bruxelles après avoir empoché un premier versement de 24,9 milliards d'euros en août. En 2022, la cadence monte à 100 objectifs, pour toucher 46 milliards d'euros.
Plusieurs réformes amorcées et réclamées de longue date par la Commission européenne sont encore en suspens, dont celles du cadastre des biens immobiliers jamais déclarés au fisc, des concessions balnéaires qui échappent à tout contrôle ou encore des retraites dans un pays confronté à une forte chute de la natalité.
Après des progrès "encourageants" en 2021, "le pays devra maintenir le cap" car "les conflits internes au sein de la majorité parlementaire baroque qui soutient Draghi pourraient rendre les prochaines étapes plus difficiles", prévient Gilles Moëc, économiste chez Axa.
- Une dette publique colossale -
Au fil des années, l'Italie a accumulé une dette colossale de près de 2.700 milliards d'euros, soit 153,5% du PIB fin 2021, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce et nettement au-dessus de la limite de 60% prévue par les règles de Maastricht.
Grâce à la croissance, l'Italie entrera dans un cercle vertueux qui lui permettra de "rembourser une dette viable", a assuré à plusieurs reprises M. Draghi.
Bruxelles a suspendu en 2020 les règles de discipline budgétaire, une mesure inédite prise en raison de la pandémie. Mais cette clémence ne pourra pas s'éterniser.
L'un des "avantages" du maintien de Mario Draghi est "qu'il sera à la table des négociations lorsqu'il s'agira de réécrire les règles budgétaires" du pacte de stabilité européen, estiment les analystes de Capital Economics.
P.Gonzales--CPN